Restaurant Drouant Paris : éloge de la médiocrité

Entre des plats bons mais en dessous de la promesse et un service catastrophique, ce diner tant attendu chez Drouant s’est avéré être un véritable naufrage. On ne m’y reprendra pas.

J’avais déjà eu l’occasion de manger chez Drouant par le passé, dans un contexte professionnel, à l’époque où le restaurant était dirigé par le chef Antoine Westermann. J’avais été enchanté à chaque fois. L’établissement a changé de main en 2018.

Je me faisais donc un vrai plaisir d’y retourner même si ça s’est fait un peu par hasard. Je vous disais dernièrement en vous parlant de mon diner aux Lyonnais que cette année je n’avais pas encore utilisé mes 200 euros de crédit dans le programme American Express Fine Dining et que je devais donc les dépenser avant la fin de l’année afin qu’ils ne soient pas perdus.

Etant absent de Paris en décembre j’ai donc fait deux réservations dans des restaurants éligibles, un peu en catastrophe, pour utiliser mon crédit. La première était donc Aux Lyonnais et la seconde chez Drouant. J’avais le choix entre un grand nombre de restaurants mais j’avais envie de retourner chez Drouant et, en plus, je ne cesse de passer devant ce restaurant qui se trouve dans le 2e arrondissement qui est un peu ma seconde maison.

Voilà pour le contexte.

Un peu d’histoire

Il se peut fort bien que le nom de Drouant ne vous soit pas inconnu, même si vous ne vivez à Paris ou n’êtes pas habitués des restaurants gastronomiques.

C’est en effet chez Drouant que, chaque année, sont remis deux des plus prestigieux prix littéraires : le prix Goncourt et le prix Renaudot.

Un présentoir à l’entrée du restaurant en témoigne d’ailleurs…

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Le concept

Drouant est un restaurant de cuisine gastronomique française sans autre marqueur particulier. Rien ne le distingue a priori de ses concurrents parisiens si ce n’est un aspect extra-culinaire : la renommée que lui confèrent les prix littéraires.

Le cadre

Je dirai qu’il s’agit d’un restaurant des années 20 modernisé. Sobre et chaleureux avec beaucoup de bois, de tissu, de très bon goût.

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Le restaurant est également connu pour son célèbre escalier depuis lequel sont proclamés les gagnants des prix littéraires mais je n’ai pas eu l’occasion de le photographier.

La carte

Une carte typique de la gastronomie française avec une base assez traditionnelle revisitée avec un zeste de créativité.

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Classique et de bon goût et en tout cas très appétissant.

Le restaurant propose également un menu dégustation.

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Si vous êtes des habitués de Travelguys vous savez que nous avons un faible pour les menus dégustation mais pour cette fois je passerai mon tour.

Le diner

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J’arrive exactement à l’heure de ma reservation. Un chasseur m’ouvre la porte et je me dirige vers la réception. Une demoiselle s’occupe de moi, prend mon vestiaire et m’accompagne à ma table. Accueil cordial mais disons…surprenant. Au niveau du style elle fait plus « club privé » que restaurant gastronomique.

On m’installe à ma table et on m’apporte le menu. Avant de faire mon choix je commence par commander un apéritif, mon traditionnel Negroni.

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Pas mal ce Negroni.

Je trouve la musique de fond un peu forte mais elle sera rapidement couverte par la discussion qui se passe à la table en face de la mienne. En effet un monsieur est arrivé et, le temps que les autres convives de la table arrivent, il entretien une discussion animée avec certains membres du restaurant, des managers visiblement. Je ne sais pas qui c’est, peut être un client important, mais tout le monde est aux petits soins pour lui. Ca parle business, chiffres, mais surtout ça parle fort. Ils sont à peut être 3 mètres de moi mais j’ai l’impression que la discussion se tient à ma table.

Bref cela crée un attroupement bruyant autour de la table, sans grand respect pour les clients attablés autour. A mon avis ça frise l’impolitesse.

Je finis par commander mes plats ainsi qu’un verre de vin. A ce moment on m’informera que la recette du plat que je désire a changé il y a peu mais que la carte n’a pas été mise à jour. Un détail..dont on reparlera plus tard.

Quelques minutes plus tard un autre serveur vient me demander si je désire du vin. Je lui réponds que j’ai déjà commandé un verre.

Un peu plus tard quelqu’un vient me redemander si je désire commander du vin. Même réponse.

Mon entrée arrive. Avant de la commencer j’attends qu’on me serve mon verre. Le temps passe et je commence à regarder autour de moi pour intercepter un regard. De loin j’entends des serveurs parler peu discrètement du « monsieur ». Je pense que c’est moi.

L’un d’entre eux vient enfin vers moi et me demande….si je désire commander du vin.

Cela suffit ! Je lui fais remarquer en soufflant très fort afin de montrer mon exaspération que cela fait quatre fois qu’on me demande si je veux du vin, que j’ai déjà commandé, mais que là je voudrais juste que mon verre arrive.

Un autre serveur finit par revenir et me tend la carte pour de demander de confirmer mon choix. Problème : le St Estèphe que j’ai commandé ne figure pas sur la carte que j’ai sous les yeux. Je le fais remarquer et il me répond que ce vin n’est plus disponible au verre. Oui…mais il figurait bien sur la carte qu’on m’a donnée en début de repas.

Je prendrai donc un Gigondas qui arrivera peu après.

A la table d’à côté un couple âgé, visiblement habitué de l’établissement, me dit que ça leur arrive souvent d’avoir des problèmes sur le service des vins au verre et que ça n’est pas acceptable vu les tarifs pratiqués. L’avenir leur donnera raison…

Il est enfin temps de m’intéresser à mon entrée mais à ce stade je suis passablement énervé.

J’ai choisi la poêlée de cèpes, oeuf mollet croustillant, espuma, comté 24 mois.

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L’oeuf et le fromage sont dans la boule au dessus de la poêlée.

La sauce de la poêlée est légère et fine, les champignons bons. Je casse la boule pour libérer l’oeuf… mais ça n’apporte pas grand chose au plat et pour une bonne raison : le temps que se déroule le sketch du vin mon entrée a refroidi. Si la sauce n’est plus que vaguement tiède, l’oeuf est quasiment froid et ce qui devait être fondant est désormais solide.

Il y aura également un morceau de champignon qui s’avérera impossible à mastiquer, me donnant l’impression que je mangeais un morceau de carton qui serait tombé dans mon assiette. Je vérifierai : c’était bien un champignon. Inexplicable.

Au final un plat bon et fin, gâché par le fait qu’il ait refroidit et ce champignon immangeable. Pour ce qui est de la température la faute est totalement imputable au service, pour le champignon je dirai qu’un accident peut arriver…mais pas dans un plat à 31 euros.

J’ajouterai que les quantités sont vraiment plus que légères. Je n’ai pas compté les cèpes mais il n’y en avait pas beaucoup.

A ce moment la table d’à côté commande son vin. Ils demanderont le Gigondas qu’on vient de me servir et on leur répondra qu’il n’est plus disponible au verre. Par contre le St Estèphe que j’avais initialement commandé figure sur la carte qu’on leur a remise.

On préfère en rire mais ça ne fait vraiment pas sérieux.

A ce moment une table de 8 arrive, ils avaient visiblement réservé. Pas de chance : il n’y a qu’une table de 6 disponible. Ils seront donc séparés en 2 groupes sur 2 tables différentes et la table de 2 attendra une dizaine de minutes qu’une table se libère en face de la table de 6.

Vient ensuite le plat. Initialement j’avais choisi le plat signature de l’établissement : le vol au vent « façon Frères Goncourt », en terre-mer, béatille de veau, langoustines.

Mais le serveur m’informera que la recette avait été récemment changée mais que la carte n’avait pas été mise à jour. Désormais le vol au vent est au poulet, ris de veau, foie gras, trompettes de la mort , carottes, sauce albufera (Madeire crème cognac).

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Sur une assiette à côté on me présente une tartelette qui n’est autre que la couverture du vol au vent.

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Un serveur ajoute la sauce sur le vol au vent et s’en va. Au même moment le même plat est servi à la table d’à côté mais le serveur installera ensuite la tartelette au sommet du vol au vent.

Je le ferai donc moi même. Et voilà.

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Le service manque vraiment de cohérence mais ça fera un sujet de discussion avec mes voisins de table.

Le poulet sera délicieux, fondant. J’aurai du mal de trouver les ris, j’identifierai bien quelques trompettes de la mort mais je verrai surtout que le feuilleté est rempli de champignons de Paris. La sauce sera plutôt bonne mais en quantité faible ce qui rendra le plat un peu sec.

Au final un plat assez bon mais pas transcendant non plus. Surtout à ce prix. Pour un plat signature j’attendais beaucoup plus.

A ce stade je pense qu’il est temps de mettre un terme à cette plaisanterie.

Je zapperai le dessert et commanderai un café.

Quelques minutes plus tard le serveur à qui j’ai commandé le café reviendra et me demandera : « vous aviez bien commandé un café hein?« .

Je pensais qu’au moins ils n’allaient pas se planter sur le service du café mais pourtant….

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Le café sera bon et servi avec deux mignardises, pas mauvaises.

Il ne me manque plus que l’addition qui, pour une fois, arrivera vite, tout aussi vite que l’encaissement.

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131 euros….Serez vous surpris si je vous dit que cela ne les vaut pas du tout ? Il me restait 98 euros de crédit Amex donc ce repas ne me coutera que 33 euros… et c’est à peu près ce qu’il vaut. Je ne pensais pas parler de cette histoire de crédit dans cet article mais je suis bien obligé car c’est la chose qui fait que je ne suis pas plus en colère que ça.

Le service

Vous avez bien compris qu’il n’était pas du tout à la hauteur. Je l’ai trouvé bordélique et désorganisé avec pleins de gens en train de courir dans tous les sens, ça se croise, ça se gène, ça se heurte…

Ca a l’apparence du luxe mais l’apparence seulement. Ca manque de classe, très show off, ça me fait penser à ces établissements qui essaient de se montrer plus beaux qu’ils ne sont vraiment et cachent leur médiocrité derrière une forme de branchitude.

L’ambiance

Plus show off et branché que gastronomique, ça ne va pas du tout avec le cadre.

L’anecdote

Après ce diner j’irai boire un verre dans un bar voisin. Je discuterai rapidement avec le client assis à côté de moi. Il me dira « Ah Drouant j’y allais souvent à l’époque Westermann, depuis j’y suis allé une fois et ça m’a suffit. Je n’y remettrai plus les pieds« .

Conclusion

Un de mes anciens patrons avait l’habitude de dire qu' »il ne suffit pas de se mettre une plume dans le c… pour avoir l’air d’un coq« . Cela résume parfaitement mon avis sur ce qu’est devenu Drouant.

Une assiette un peu décevante mais ça irait si le service n’était pas si mauvais.

Pour 130 euros vous avez par exemple le menu en 4 plats de Lucas Carton, à 150 euros le menu dégustation du Violon d’Ingres. Tous les deux étoilés.

Bref un établissement totalement surfait.

Drouant

Cadre et ambiance
Intérêt de la carte
Présentation des plats
Qualité des plats
Quantité
Service
Rapport Expérience / Prix

Surfait

Une assiette moyenne et un service catastrophique

Bertrand Duperrin
Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a cofondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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