L’écotaxe française : une chance pour l’Europe ?

L’écotaxe envisagée par le gouvernement suite aux travaux de la convention citoyenne fait décidément couler beaucoup d’encre.

On aurait pu vous dire que 150 personnes tirées au hasard pour des sujets aussi sérieux c’est un peu limite.

23 chômeurs la tonne de CO2.

On aurait pu vous dire que, sachant que l’aérien représente 1,4% des émissions de CO2 françaises qui elles mêmes représentent 0,9% des émissions mondiales, tuer 150 000 emplois pour une baisse de 0,79% des émissions (3,5M de tonnes) cela fait cher de la tonne. Chaque chômeur nouveau sera donc heureux de savoir qu’il vaut 0,04 tonnes de C02. Sur un CV c’est sur que ça fait classe. En attendant comme il faudra 23,3 chômeurs pour économiser une tonne on aura rempli pôle emploi avant d’avoir sauvé la planète.

On aurait pu vous dire qu’on a un gouvernement qui aime vraiment jeter de l’argent public par les fenêtres. “Donner” (encore que le terme “donner” soit très mal approprié en l’espèce) 7 milliards à Air France et Air France-KLM pour en reprendre 1,2 milliards sous forme de taxe alors que l’entreprise est à terre c’est faire un croisement entre Sisyphe et le tonneau des Danaïdes.

Mais nous avons décidé d’être positifs et de vous expliquer pourquoi l’écotaxe telle qu’elle est envisagée est une change pour l’Europe.

L’Europe c’est plus grand que la France !

En effet ne soyons pas égoistes : il n’y a pas que la France en Europe et par définition il y a davantage de compagnies à sauver hors de nos frontières qu’à l’intérieur.

En effet, pour l’instant, qu’on parle de Lufthansa, de Swiss, de British Airways, d’Iberia, de TAP voire de KLM pour ne citer que les plus proches, la partie n’est gagnée pour aucune à l’heure où nous écrivons.

Alors si on arrivait à donner un coup de main à nos voisins tout en faisant une bonne action pour l’environnement, pourquoi ne pas se priver !

Les vols ne disparaitront pas, ils iront ailleurs

Soyons honnête, les hypothèses retenues sont très optimistes : il est plus sage de s’attendre à une baisse des émissions beaucoup moins important que le pas grand chose qu’on nous promet ici.

Regardons les montants envisagés :

30 euros pour un vol de moins de 2.000 km en classe éco, 180 euros en classe affaires.

60 euros pour un vol de plus de 2.000 km, 400 euros en classe affaires. 

Moralité, pour le passager au départ de France il coutera moins cher de faire une escale par Francfort, Zurich ou Londres que de faire un vol direct depuis Paris.

Premières pénalisées : Air France et les compagnies Françaises qui par définition font du direct depuis la France.

Ensuite les compagnies étrangères mais la France ne concerne qu’une partie de leurs vols donc elles seront largement moins touchées. Et celles qui opèrent du moyen courrier depuis la France pour alimenter leurs hubs seront moins touchées que celles qui viennent en France en long courrier direct.

En effet si je prend un Paris-Francfort-Singapour l’écotaxe ne touchera que le Paris-Francfort alors qu’elle s’appliquera à tout le vol si je prend un Paris-Singapour direct.

Déjà que les compagnies comme Lufthansa ont des politiques “market fare” agressives sur la France, là cela va devenir une boucherie.

Et pour le voyageur en classe business à 400 euros la taxe la question ne se posera même plus ! Bonjour Lufthansa, Swiss, Emirates and co.

Mais même pour le moyen courrier, là où en général on fait tout pour éviter les escales, la dimension prix risque aussi de changer la donne. Non seulement cela apportera des clients “cadeaux” aux compagnies étrangère mais cela augmentera également les émissions car tout le monde sait bien qu’un Paris-Madrid est plus court en direct qu’en passant par Munich !

L’Europe peut dire merci à la France

Avec l’écotaxe telle qu’envisagée les compagnies étrangères vont ainsi pouvoir facilement récupérer du passager français, a fortiori pour du long courrier et encore davantage du passager business.

Business et long courrier : les deux segments les plus rentables pour les compagnies legacies européennes, le créneau sur lequel elles se battent toutes pour se voler des clients !

Et bien là c’est cadeau, on va les leur livrer sur un plateau !

Laissons donc à Air France les passagers les moins rentables et offrons les autres aux compagnies étrangères”. Même si on sait qu’en France l’avion est principalement utilisé par les CSP- et les inactifs (contrairement au TGV adoré par les CSP+ et fui par les plus modestes) on a vu plus logique comme raisonnement. Nous n’avons pu avoir accès aux déclarations de patrimoine de certains de nos dirigeants politiques mais nous finissons par nous demander s’ils n’ont pas de gros stocks d’actions Lufthansa Group ou IAG, ce qui serait l’explication la plus rationnelle.

Et KLM ? Même si au niveau du groupe Air France-KLM la note sera douloureuse, la “petite” soeur d’Air France pourrait bien tirer son épingle du jeu ! Avec une telle mesure le simple bon sens voudrait qu’Air France-KLM transfère la plus grande partie possible de son long-courrier à Amsterdam. On croyait avoir touché le fond mais là on creuse en espérant trouver du pétrole.

Il ne manquerait plus que pour économiser 1 milliard de taxes en plus par an le siège du groupe soit transféré à Amsterdam et on aura tout gagné.

Non vraiment on n’aurait jamais osé penser que la France soit si exemplaire dans la solidarité Européenne et aille jusqu’à tuer ses entreprises pour aider celles de nos voisins à survivre.

Photo : Avion Air France à Roissy de S. Pech via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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