La Génération Z, l’aérien et l’environnement : une sensibilité qui ne se traduit pas dans les comportements

La Chaire Pégase, de Montpellier Business School, consacrée à l’économie et management du transport aérien et de l’aérospatial, a récemment publié une étude sur le rapport qu’entretien la génération Z (les 15-24 ans) avec l’aérien. Nous ne ferons que survoler les aspects génériques liés à leur connaissance du sujet et leurs comportements digitaux pour mettre l’accent sur leur rapport à l’environnement.

Une génération Z peu intéressée par l’aérien

De manière générale cette génération est peu intéressée par l’aérien. Pas en tant que moyen de transport mais en tant que secteur d’activité en général. Elle lui préfère le spatial.

On ne parle pas là du moyen de locomotion mais d’un intérêt qui peut relever du domaine professionnel ou la curiosité intellectuelle ? Faut il s’en étonner ? Pas du tout à notre avis.

L’aérien, malgré le fait que ce soit un domaine en évolution constante, tant du point de vue économique que technique, peut sembler être de l’histoire ancienne. Ca n’est plus André Turcat (le pilote d’essai du Concorde) mais Jeff Bezos et Elon Musk qui font la une des médias et cela explique principalement cela.

Il est logique qu’une jeune génération s’intéresse davantage à ses propres nouvelles frontières et pour eux la nouvelle frontière c’est l’espace.

Environnement et aérien : une génération mal informée

Si l’on se focalise sur la dimension environnementale, la génération Z est très mal informée quant à l’impact du transport aérien.

85 % de cette génération surestime largement l’impact de l’aérien sur l’environnement par rapport à ce qu’il est vraiment (de 2 à 3% des émissions mondiales).

C’est dommage et appelle à un effort de communication des professionnels du secteur (et peut être un peu d’objectivité de la part des médias et des politiques ?) mais n’est pas une surprise car leurs ainés ont exactement la même perception qu’eux.

Nous rappelons à ce propos l’excellent rapport publié par cette même Chaire Pégase en 2019 et qui montrait à quel point l’impact du secteur sur les émissions de CO2 était surévalué par la population française par rapport à celui d’autres secteurs beaucoup plus polluants et plus présents dans notre quotidien.

L’environnement oui, mais pas au détriment de l’avion

Pour autant et allant à l’encontre de nombre d’idées reçues, la génération Z ne rejette pas l’aérien loin de là. 80% des 18-25 ans ont déjà pris l’avion une fois dans leur vie avec une moyenne de 6,4 vols pendant leur adolescence et clame son envie de visiter le monde .

Ce qui est d’ailleurs intéressant est que lorsqu’on leur demande pourquoi ils ne prennent pas l’avion ils évoquent l’absence de besoin et le manque de moyens. Le motif environnemental n’arrive que plus loin (41% vs 69 et 57) et, de manière surprenante, il compte moins pour eux que pour l’ensemble de la population (47%).

Ajoutons à cela que lorsqu’on leur demande quels sont leurs principaux critères lorsqu’il s’agit de choisir une compagnie aérienne, sa performance environnementale est classée 7e (sur dix) et 8e pour les autres générations.

Plus intéressant encore, si l’environnement les préoccupe et après avoir été sevrés de voyages en raison du COVID ils ont l’intention de prendre beaucoup plus l’avion que les autres générations.

Une génération qui va augmenter son nombre de voyages en avion

Mis à part les millenials (les actuels 25-35 ans) ce sont eux qui envisagent de plus prendre l’avions dans les 12 mois qui cvennent.

Un peu moins que les millenials mais beaucoup plus que les X et les “Bommers” qui sont le plus souvent montrés du doigt ?

Un effet “rattrapage” du COVID ? Peut être mais cela concerne tout le monde. Par contre cela tend surtout à montrer qu’il leur reste plus de destinations à découvrir que leurs ainés et que leur préoccupation environnementale n’est pas à leurs yeux un frein à cela.

Contradictoire ? Hypocrite ? Pas du tout. Enfin pas selon leurs dires.

La génération Z n’est pas sensible au “flygskam”

Au moment de choisir entre deux moyens de transport la génération Z prend l’environnement en compte mais sans excès. Ils sont 32% à prendre en compte le moyen le plus durable lorsqu’ils ont le choix ou à avoir l’impression de plus polluer en avion qu’en voiture.

Seuls 25% essaient de moins prendre l’avion (contre 48% qui n’essaient pas et 26% qui sont neutres).

A l’autre bout du scope ils sot 76% à ne pas ressentir le “flygskam” ou honte de prendre l’avion (contre 13% à le ressentir) et seuls 11% ont eu une remarque négative de leur entourage lorsqu’ils ont pris l’avion.

Des positions beaucoup moins marquées que ce que l’on pourrait penser et, à notre sens, qui ne doivent pas être si différentes des autres générations et marquent un mix de sensibilité et de lucidité.

La préoccupation environnementale à l’épreuve du porte monnaie

Alors, pour revenir à ce que nous disions plus haut, comment comptent ils réconcilier cette apparente contradiction qui consiste à vouloir plus voyager tout en préservant l’environnement ?

Et bien en payant plus cher ! Exactement 14,% contre 8,5% pour les autres générations.

Louable ? Certainement.

Mais on sait ce qu’il advient en général des bonnes intentions au moment où il faut sortir la carte bancaire, notamment dans le contexte d’incertitudes actuelles.

Si jamais (ou lorsque…) un arbitrage devra être fait renonceront-ils à prendre l’avion ou abandonneront ils leurs bonnes intentions. On a notre petite idée là dessus.

Conclusion

La génération Z fait preuve de sensibilité à l’égard de l’environnement sans que cela soit aussi marqué et radical à l’égard du transport aérien qu’on veut bien nous le laisser entendre. Ils ont l’intention de continuer à découvrir le monde mais en acceptant de payer plus cher.

Un mélange de sensibilité et de lucidité.

On attend de voir quels seront leurs arbitrages lorsqu’ils ne pourront pas se le permettre.

Le site de la Chaire Pégase

Lien vers le résumé du rapport

Lien vers l’infographie du rapport

Lien vers le communiqué de press

Image : millenial en vacances de Khosro via shutterstock

Bertrand Duperrin
Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a cofondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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