Le voyageur aérien type n’est pas du tout celui que vous croyez

Il y a une tonne de clichés et d’idées reçues sur les gens qui prennent l’avion et qui ils sont. Une étude récente de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) en France vient tordre le cou à nombre de clichés.

On ne va pas refaire une centième fois le débat de ceux qui veulent d’une manière ou d’une autre la peau du transport aérien mais disons qu’on lui reproche deux choses : de polluer énormément et d’être le moyen de transport des riches. Deux arguments pour taper dessus et sur les voyageurs aériens avec un art maitrisé de la démagogie.

Deux idées reçues sur le transport aérien

Pour ce qui est du premier point je vous envoie à une étude de la chaire Pégase réalisé en 2020 :pour ne citer que ces deux là l’industrie textile pollue beaucoup plus que l’aérien, le secteur informatique faisait à l’époque jeu égal et l’a largement dépassé depuis. Le terroriste climatique n’est pas celui qui prend l’avion mais l’adepte de la fast fashion qui fait du Binge watching de séries sur Netflix, a fortiori s’il a une voiture.

Pour le second la DGAC avait effectué une étude en 2016 qui montrait que le profil type du passager aérien en France était assez différent des idées reçues. Elle s’est livrée au même exercice en 2023 et nous donne donc des chiffres actualisés pour voir si les choses ont changé.

Quel est le voyageur aérien type ?

Allons y donc avec les clichés. Le voyageur aérien type est forcément un homme dans la force de l’âge et aux revenus élevés. C’est le cliché que vous entendrez repris en boucle dans les médias mais qu’en est il en réalité ?

Pour commencer le voyageur aérien n’est pas un voyageur mais une voyageuse. 51% des vols depuis ou vers un aéroport français sont effectués par des femmes.

Son âge moyen est de 39,4 ans mais si on y regarde de plus près les trois classes d’âge qui voyagent le plus sont les 25/34 ans (27%), suivis par les 35/44 ans (19%), eux-mêmes talonnés par les 15/24 ans (18%). Il est important de noter que depuis 2016 la population s’est rajeunie.

Enfin on ne peut pas dire qu’il roule spécialement sur l’or. Le revenu actuel moyen du foyer des voyageurs est de 52 850 euros. On ne parle pas du voyageur mais bien de son foyer ! 12% des passagers ont un foyer qui a entre 30 et 50 000 euros de revenus (c’est la classe de revenu qui voyage le plus) et 18% ont un foyer qui gagne moins de 30 000 euros par an.

Pour finir 43% seulement des passagers sont des CSP+ contre 35% de CSP- et 25% d’inactifs. Depuis 2016 la part des CSP- a augmenté de 8 points.

Il est également à noter que 51% des passagers volent pour leurs loisirs et 25% pour rendre visite à des amis. Les voyages professionnels ne représentent que 19% des voyages. Encore une évolution depuis 2016 avec une baisse des voyages professionnels et une augmentation des voyages de loisir.

Donc on passe d’un homme âgé, CSP+, à revenu élevés qui voyage pour affaires à une femme, jeune, CSP- à revenus faibles. Pas mal.

Le voyageur et l’environnement

Déjà il y a quelques années une autre étude de la chair Pégase nous disait peu ou prou que si le sujet environnemental était présent dans la tête des français ils n’étaient que peu engagés. Même résultat chez les jeunes qui étaient pleins de bonnes intentions sans que cela n’influe leurs comportements.

Le rapport de la DGAC comportant un volet sur ce sujet il est intéressant d’y jeter un oeil.

83% des passagers n’ont pas renoncé à un vol pour améliorer leur empreinte carbone. Et rien ne dit que les 17% qui disent l’avoir fait ne le disent pas parce que cela fait bien de le dire.

Ils ont pris en moyenne 5,6 fois l’avion dans l’année…on vous laisse juger si c’est peu ou beaucoup.

Si jamais aucun vol n’avait été disponible ils auraient été 47% à partir d’un autre aéroport pour la même destination, 13% depuis le même aéroport mais pour une autre destination, seulement 16% à envisager un autre moyen de transport et 9% à renoncer à leur trajet.

Pour ce qui est des vols intérieurs 59% n’ont jamais envisagé un autre mode de transport que l’avion.

Veulent ils réduire leurs déplacement dans les années à venir…seuls 23% disent oui ! Quand les études sur le sujet se succèdent avec les même conclusions on a envie de dire que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent !

Conclusion

Il y a ce qu’on entend, le discours ambiant et ce qu’on voit. Et cette étude de la DGAC nous semble totalement cohérente avec ce que nous voyons, contrairement à ce que nous entendons.

Nous avons la prétention de passer assez de temps dans les avions pour nous faire une idée de qui les prend, en France comme ailleurs. Et pour ne parler que des jeunes supposés être plus sensibles et surtout engagés que les autres sur la question environnementale nous avons toujours été surpris de constater un décalage entre ce qu’on nous raconte et des avions pleins de jeunes avides de voyager.

Quant au profil type du passager aérien en France il se passe de commentaire. L’écart est impressionnant entre un discours qui stigmatise le transport aérien au travers d’un profil de passagers qu’on aime détester alors qu’ils prennent moins l’avion que ceux qui les pointent du doigt.

Nous aimerions juste que les médias pointent ces différences en se basant sur des faits au lieu véhiculer un discours plein de bonne conscience mais totalement faux.

Image : voyageur aérien de Yuganov Konstantin via Shutterstock

Bertrand Duperrin
Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a cofondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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