Qui sont ceux qui prennent l’avion ? Quel est leur profil ?

L’avion est pour beaucoup un moyen de transport élitiste réservé à une rare clientèle qui a les moyens de se le payer. C’est d’ailleurs un argument fréquemment mis en avant par ceux qui veulent le taxer davantage voire le bannir. Mais au delà des clichés, sait-on a quoi ressemble le voyageur aérien type ?

L’avion : un moyen de transport égalitaire

En Franc la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) plusieurs enquêtes qui visaient à mieux connaitre le profil type du passager. Malheureusement il semble qu’ils arrêté en 2017 car on ne trouve pas de résultats postérieurs, mais on ne pense pas non plus que les chiffres aient beaucoup changé depuis. Regardons donc les chiffres publiés par la DGAC en 2017.

Il apparait que l’avion est, en France, un moyen de transport très égalitaire.

  • 53% des passagers sont des hommes et donc 47% des femmes. Et les femmes sont mêmes plus nombreuses pour les déplacements professionnels (53% contre 47%) !
  • Il concerne tous les âges : 65% des passagers ont entre 26et 55 ans !

Plus intéressant on apprend que la durée moyenne des voyages est de 19 jours ce qui va contre l’idée selon laquelle les passagers abusent de séjours courts et nuisent ainsi à l’environnement.

50% des voyageurs aériens sont des inactifs et des CSP-

Là où cela devient encore plus intéressant c’est lorsque qu’on regarde la répartition des passagers par catégorie socioprofessionnelle.

Passagers aériens en France par CSP en 2015-2016 selon la DGAC

Plus égalitaire que cela on ne peut pas : la moitié des personnes voyageant en avion sont des “CSP-” et des inactifs. Et d’ailleurs si on prend en compte la réalité du pouvoir d’achat mettre les agriculteurs et certains artisans dans les CSP+ relève à notre avis d’une vision dépassée de la société.

Voila battue en brèche l’idée selon laquelle l’avion est un moyen de transport réservé aux riches. Bien au contraire, il a largement démocratisé le voyage et surtout le voyage moyen et longue distance.

Le transport aérien suit une logique bien connue

Rien de surprenant à cela. Comme beaucoup de produits ou de services qui, au départ, coûtent cher à produire le transport aérien a été au départ réservé à ceux qui pouvaient se le payer donc une clientèle aisée. Ensuite deux choses se produisent :

  • plus le secteur se développe plus les coûts unitaires baissent
  • pour se développer les acteurs doivent aller viser d’autres segments de clientèle, ce qui est rendu possible par des coûts moindres qui permettent de développer des offres adaptées à d’autres clientèles.

Donc après les plus aisé on a assisté à l’explosion du transport aérien pour les classes moyennes puis pour des gens de moins en moins aisés, le seul moyen pour le secteur de croitre étant de toucher des gens qui ne sont pas encore ses clients.

Conséquence : on peut aujourd’hui trouver des vols à absolument tout type de tarif, qui correspondent à une grande variété de prestations, afin de pouvoir toucher à peu près tout les segments de clientèle.

Par exemple lorsque nous avions expliqué le mécanisme des classes tarifaires nous avions montré qu’un même vol entre Paris et New-York pouvait, en fonction de la classe de voyage et d’une foule d’autres critères être théoriquement vendu entre 51€ et 13770€

Le transport aérien a ainsi connu le même phénomène que des choses comme la télévision, la voiture, le téléphone mobile : des choses au départ réservées à quelques privilégiés et à la portée de tous aujourd’hui. Tout le monde ne peut pas se payer le même modèle mais quasiment tout le monde peut en avoir un.

Le transport aérien suit bien sûr également le cycle de développement économiques des différentes régions du globe. Alors qu’on peut penser que le marché est relativement mur en Europe ou en Amérique du Nord, le continent Asiatique continue à voir augmenter la population qui peut accéder au voyage aérien avant, peut être, que le relais ne soit pris par l’Afrique.

Un contexte franco-français à prendre en compte

Si l’avion est devenu le moyen de transport des jeunes désirant découvrir de nouveaux horizons et des “CSP-” c’est, on l’a vu, une phénomène logique d’une industrie devenue mure et sachant contrôler ses coûts pour offrir un produit à chaque type de voyageur. Ensuite il y a des phénomènes locaux qui peuvent amplifier le phénomène.

Tout d’abord le prix du train qui aux périodes de pointe peut devenir rédhibitoire. Lorsqu’un billet d’avion pour l’Espagne coûte beaucoup moins cher qu’un billet de train pour Marseille ou Bordeaux cela entraine des arbitrages. De manière générale il ne coûte pas plus cher d’aller dans une capitale européenne en avion que de prendre le train pour une destination française. Voire moins cher.

Ensuite parce que même indépendamment du prix du billet d’avion (enfin…dans une certaine mesure) les vacances à l’étranger sont parfois prisées par les revenus moyens voire modestes et pas pour les raisons auxquelles on pense spontanément. La vérité est que pour ces personnes les prestations sur place sont tellement chères en France (logement, nourriture, restauration), qu’on trouve beaucoup moins cher à l’étranger pour des prestations supérieures, ce qui justifie le choix de l’avion pour s’y rendre.

Enfin la variable prix joue même pour les CSP+. Les cadres français sont parmi ceux qui ont le plus faible pouvoir d’achat en Europe dans les économies “comparables”, notamment si on compare aux anglais, allemands, néerlandais et globalement aux pays du nord. Mais la problématique du pouvoir d’achat touche tout le monde (mais les cadres en France ont le double problème du revenu et de la fiscalité).

Et, et cela vaut pour tous, on l’a dit, les vacances en France coutent chère. Alors beaucoup se tournent vers des pays où des prestations haut de gamme leur sont accessibles alors qu’ils devraient se contenter d’un milieu de gamme en France avec une qualité de service qui, on le sait, n’est pas le point fort de la France.

Bref, et c’est une vérité qui dérange suffisamment pour ne pas être mentionnée, l’avion parce qu’il permet de rejoindre des destinations aux prix plus cléments, est le moyen de transport des cadres moyens ou “inférieurs”, des employés et globalement des revenus moyens qui ne peuvent se payer des vacances en France. Ce qui n’est pas le cas des plus aisés.

Une croissance portée par les low cost

Pas besoin d’être un expert pour comprendre que si un voyageur aérien sur deux en France est un CSP- ou un inactif c’est grâce aux low costs. Sans elle le voyage en avion serait moins accessible et les chiffres dont nous parlons ici seraient plus déséquilibrés. En Europe ce sont les Ryanair, Easyjet et, plus tard, autres Norwegian qui ont rendu possible le voyage pour quasiment tous.

Le tourisme de masse, déclencheur d’une crise qui n’a pas eu lieu

Si on avait écrit cet article il y a 6 mois ou plus on aurait pu en rester à sa raison d’être : expliquer par les chiffres que le transport aérien est aujourd’hui l’affaire de tous et que le passager aérien type n’est pas celui qu’on croit. Mais aujourd’hui on ne peut manquer de faire le rien entre aérien pour tous et crise économique.

Depuis un an on attendant une crise majeure dans le transport aérien. Sa cause était connue : une crise de surcapacité justement due aux low costs. On en avait déjà parlé lorsqu’on vous expliquait pourquoi les faillites de compagnies aériennes allaient continuer.

Carsten Spohr, le PDG de Lufthansa, disait d’ailleurs à l’époque en parlant des low cost que “Les billets coûtant moins de 10 euros sont “économiquement, écologiquement et politiquement irresponsables“”.

Politiquement on ne sait pas. Economiquement, on n’a pas eu le temps de le voir, le COVID-19 est arrivé avant. Ecologiquement, c’est le sujet du moment à l’heure où nous écrivons.

Un tourisme aérien démocratisé : problème écologique ?

En fait c’est le paradoxe de l’histoire. A l’ère du tourisme de masse, l’aérien représente aux alentours de 2,5% à 4% des émissions de CO2 contre 4% à internet et 10% à l’habillement mais pour certains c’est encore trop.

L’ironie de l’histoire, alors que les défenseurs de l’environnement le dénoncent comme le moyen de transport des riches c’est parce qu’il est devenu celui des classes les plus modestes qu’il est devenu un problème environnemental.

Photo : passagers qui embarquent dans l’avion de Patryk Kosmider via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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