fbpx

Comment les compagnies aériennes font-elles croire qu’elles sont ponctuelles ?

Pour faire croire qu’elles sont ponctuelles les compagnies aériennes rallongent volontairement la durée des vols.

Il est arrivé que certains de nos lecteurs nous demandent pourquoi, sur une route donnée, certaines compagnies mettent moins de temps que d’autres ou sont systématiquement en retard ou en avance.

Aucune compagnie ne vole plus vite qu’une autre

Est-ce parce que leurs avions vont plus vite ? Sauf à opposer un turboréacteur à hélices et un bimoteur à réaction sur du court/moyen courrier c’est totalement négligeable. (On oublie bien sûr l’époque de feu le Concorde).

Est-ce que certaines ont des routes moins optimisées ? Ca a pu être le cas par le passé quand les biréacteurs devaient prendre des routes moins directes que les quadriréacteurs pour rester à une distance minimum des terres en cas de problème. Avec la généralisation et les progrès de la norme ETOPS qui permet de certifier des biréacteurs pour voler de plus en plus loin des côtes c’est de moins en moins le cas.

Et les compagnies aériennes ne sont pas non plus des taxis : elles n’ont rien à gagner à « balader » le client pour lui faire payer plus cher, bien au contraire : plus c’est court moins elles utilisent de carburant, mieux c’est pour leur rentabilité.

Par contre une chose est certaines : un retard trop important coûte cher, et ce à deux niveaux.

D’abord financièrement avec les compensations à payer aux passagers en cas de retard, notamment en Europe, sans parler des correspondances ratées.

Ensuite, et ça n’est pas négligeable non plus, en termes de réputation. Figurer en haut du classement des compagnies les moins ponctuelles n’aide pas à gagner des clients.

Donc les compagnies ont appris à tricher sur la durée des vols.

Comment se calcule la durée d’un vol

Avant d’aller plus loin il importe de préciser ce qu’on entend par durée d’un vol. S’agit-il du temps passé en vol ? Du temps entre le décollage et l’atterrissage ? Non !

Il s’agit du temps entre la fermeture de la porte de l’avion à l’aéroport de départ et son ouverture à l’aéroport d’arrivée. Tout le temps écoulé entre ces deux moments est la durée de vol.

Raison pour laquelle vous entendrez souvent un pilote vous annoncer un temps de vol de 1h alors que vous avez « acheté » un vol d’1h30 car il vous annonce le temps de vol effectif.

Ce temps entre la fermeture et l’ouverture des portes est appelé « Block ».

De nombreuses choses font que la durée réelle du vol diffère du temps « block ».

Le temps en vol n’est qu’une partie du temps de vol

Il y a déjà le temps de roulage entre la porte et la piste. Si vous volez au départ de Bordeaux on parle de quelques centaines de mètres à parcourir, au départ de Roissy c’est des kilomètres. Pour avoir récemment testé le nouvel aéroport d’Istanbul entre le temps de contourner le gigantesque terminal et celui nécessaire pour rejoindre la piste vous en avez pour un bout de temps. Lors d’un récent vol que j’ai effectué entre Istanbul et Izmir, le block était de 1h20 pour une durée de vol réal d’environ 40 minutes (360 km environ).

Ce temps de roulage ne dépend pas que de la distance : il y a l’encombrement de l’aéroport. Rouler quelques kilomètres pour décoller immédiatement est une chose, rouler autant voire beaucoup moins pour être 10e dans la file d’attente au décollage c’est autre chose.

Temps de roulage et encombrement jouent aussi leur rôle à l’arrivée, en ajoutant en plus l’attente avant même d’avoir rejoint la piste. En fonction du nombre d’appareils en attente pour se poser vous serez amené à tourner pendant plus ou moins longtemps avant d’avoir l’autorisation de vous poser.

Sans oublier le facteur lié à l’aéroport lui même. Parfois faute de porte disponible « au contact » on doit stationner les avions « au large » et embarquer/débarquer » les passagers par bus. Ce qui prend du temps.

Et qui ne s’est jamais retrouvé dans un appareil arrivé en porte…et impossible de descendre car il manque du personnel pour amener la passerelle au contact de l’avion…et donc ouvrir la porte.

A tout cela s’ajoute le facteur climatique qui complexifie les choses : dans certains aéroports soumis à des conditions météos extrêmes (neige, vent, tempêtes) on peut être amené à patienter avant de décoller ou de se poser.

Pour finir il se dit que dans certains pays, sur certains aéroports, le contrôle aérien peut avoir tendance à donner la priorité aux compagnies locales ou à celle qui a son hub dans un aéroport donné.

Autant de facteurs qui font qu’ajouter le temps de roulage au temps de vol réel ne traduit que rarement le temps que passera le passager entre la fermeture et l’ouverture des portes.

Cette distinction est d’ailleurs une bonne chose pour le passager. Que dirait on si on nous annonçait qu’on allait toucher la piste à 13h00 alors qu’on arrive au terminal qu’à 13h15 ou 20 ? C’est l’organisation d’une journée de travail, d’une correspondance, d’un transfert qui peut être impactée.

Donc les compagnies prennent cela en compte. Un vol entre Paris CDG et New-York JFK (ou l’inverse) dure, de porte à porte, plus de temps qu’un vol de même distance entre deux aéroports moins encombrés.

Donc les compagnies ont pris ce facteur en compte pour adapter leur « block » en fonction des aéroports, des saisons etc.

Jusqu’à 35 minutes d’écart sur une même route

Quelques exemples:

Commençons par un CDG-JFK : 15 min d’écart entre les deux extrêmes.

Remarquez la précision extrême de Delta qui annonce 8h23 !

On pourrait penser que le Orly-JFK soit un peu plus court car Orly est tout de même moins engorgé ?

Et bien non, bien au contraire.

Londres par contre est bien plus engorgé que Roissy.

La durée est plus courte car le vol est plus court mais on y voit les mêmes « marges » et écarts.

Regardons donc un Londres-Chicago. Deux aéroports très compliqués.

Là on arrive à 35 minutes d’écart….et c’est la même compagnie, American Airlines, qui est aux deux extrêmes. Cela doit tenir au heures d’affluences de l’un ou l’autre des aéroports.

Sur des vols plus courts comme un Londres-Istanbul

30 minutes d’écart entre Turkish Airlines et British Airways.

Par contre au départ de Francfort ça fait jeu égal

La ponctualité : une notion biaisée

Ne vous étonnez donc pas quand votre vol part en retard et arrive à l’heure, les marges de sécurité sont prises, d’autant plus qu’ensuite le pilote peut encore gagner du temps en vol voire être aidé par les vents. Et plus le vol est long plus c’est vrai. Partir avec 30 min de retard et arriver avec 20 min d’avance est quelque chose qui ne m’est pas inconnu.

Il faut donc prendre avec des pincettes les classements sur la ponctualité des compagnies et relativiser vos propres expériences : c’est très souvent une question de marges de sécurité plus ou moins larges et pas de réelle efficacité opérationnelle des compagnies.

Cette technique bien que « neutre » pour le passager n’est justement pas sans avoir ses limites. Avec le temps le block n’a cessé d’augmenter, parfois d’une heure sur un long courrier. Pourquoi ? Alors que le transport aérien se complexifie on suspecte les compagnies de tout reporter sur le block au lieu d’essayer d’améliorer leurs opérations au sol et finalement faire passer la pilule de leur propre inefficacité au passager en gonflant les temps de vol.

Trop de marge de sécurité nuit aussi au business

Mais, à l’inverse, qu’est ce qui empêche les compagnies de ne pas encore gonfler les temps de vol pour encore plus de sécurité et d’illusion de ponctualité ?

La première raison est qu’à force ça finit par se voir. Un Paris-New York en 10h ça ferait louche.

La seconde est que les systèmes de réservation tendent à faire remonter en premier les vols (directs ou avec correspondance) les plus courts. Donc il faut un bon arbitrage entre se protéger d’un côté et ne pas se retrouver en bas de page après tous les concurrents.

Photo : ponctualité De JMiks via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
251FansJ'aime
1,187SuiveursSuivre
56AbonnésS'abonner

Articles populaires

Articles récents

Abonnez vous à notre newsletter

 

 

Recevez nos news, nos analyses, nos trucs et astuces et devenez incollable sur le monde du voyage

Je consens à ce que mon adresse email soit utilisée pour m'envoyer la newsletter de TravelGuys.

 

TravelGuys ne communiquera jamais les cooredonnéese de ses abonnés à des fins publicitaires ni ne vous enverra de publicité.

Au revoir !

On est désolés de vous voir partir et vous allez nous manquer ! mais vous pouvez vous abonner à notre newsletter hebdomadaire pour suivre notre actualité et rester incollable sur le monde du voyage !

Je consens à ce que mon adresse email soit utilisée pour m'envoyer la newsletter de TravelGuys.

 

TravelGuys ne communiquera jamais les cooredonnéese de ses abonnés à des fins publicitaires ni ne vous enverra de publicité.

Merci de votre confiance !

Et à très bientôt sur TravelGuys.