Aéroport de Berlin Brandebourg : histoire d’un accident industriel

Si tout va bien le nouvel aéroport Berlin, nommé Willy-Brandt Brandebourg devrait ouvrir ses portes le 31 octobre prochain et accueillir ses premiers vols le 7 novembre. Si tout va bien. Car l’histoire de cet aéroport peut faire, au choix, sourire ou pleurer et porte un coup à l’image de rigueur et de qualité associée à l’Allemagne.

Un aéroport pour un Berlin réunifié

A l’époque de la guerre froide Berlin était desservie par deux aéroports : Tegel à l’ouest et Schönefeld à l’Est. Avec la fin de la guerre froide et la réunification de l’Allemagne le besoin d’un aéroport unique et moderne s’est rapidement fait sentir et c’est en 2006 que la ville a annoncé la construction d’un nouvel aéroport pour une mise en service attendue en 2011.

Puis la crise financière de 2008 passe par là et le maitre d’œuvre fait faillite. Des modifications sont également apportées aux plans mêmes de l’édifice car l’architecte n’aimait pas les boutiques et avait conçu un terminal avec aussi peu de boutiques de possible. Or c’est des boutiques que vit un aéroport donc tout est à revoir et des étages sont ajoutés aux plans originaux.

La date d’ouverture est donc repoussée à 2012. Un moindre mal pense-t-on alors.

En 2012 à quelques mois de l’échéance tout semble être sur les rails et le déménagement des infrastructures de Tegel et Schönefeld à Brandebourg est planifié et prêt à être effectué car l’idée dans genre de cas est bien sur d’éviter d’avoir plusieurs aéroports utilisés simultanément.

Corruption, erreurs et malfaçons

Lors des premiers tests préalables on se rend compte que les comptoirs d’enregistrement ne permettent pas de traiter autant de personnes que prévu. On évoque même la possibilité d’installer des comptoirs supplémentaires à l’extérieur sous des tentes ! Ces comptoirs auraient été utilisés par des compagnies de seconde importance pendant que les locales, Lufthansa et Air Berlin notamment en tête auraient utilisé les comptoirs normaux.

Mais on n’aura pas à en arriver là car un autre soucis va encore faire reporter l’ouverture de l’aéroport : des détecteurs de fumée non seulement défectueux mais installés sans permis.

En plus de cela plus de 90 000 mètres de câble ont été mal installés, 4 000 portes ont été mal numérotées, les escaliers roulants étaient trop courts.

Pour l’anecdote le système avait été conçu pour aspirer la fumée vers le bas, sous le sol de l’aéroport alors que comme tout le monde le sait la fumée monte. Tout est à changer et l’ouverture reposée à 2013. On se rendra compte ensuite que la personne qui avait conçu le système de détection d’incendie n’avait pas les qualifications pour.

A la fin c’est plus d’un demi million de problèmes qui sont identifiés et à résoudre.

Quand les autorités s’entêtent

Aurait il été plus simple de tout abandonner à ce moment ? Certainement mais après avoir déjà investi on a du mal de tout abandonner. Alors les autorités vont s’entêter.

Chaque mois entre les travaux, la maintenance et la sécurité du site c’est 10M€ qui sont ainsi engloutis.

De nombreuses têtes tombent ensuite pour corruption, entrainant un certain flottement à la tête du projet.

Finalement c’est la date de 2014 qui est envisagée. Un nouvel appel d’offre est publié pour la reprise en main du chantier mais aucune réponse ne satisfera les autorités.

Fin 2015 l’aéroport n’est toujours pas ouvert et continue à engloutir des sommes astronomiques pour être maintenu en état.

En 2016 il apparait que l’aéroport ne pourra pas obtenir la certification pour sa station de métro dans les délais nécessaires. L’ouverture est repoussée à 2017.

Un aéroport sans compagnie résidente

Pas de chance, 2017 est l’année de la faillite de Air Berlin qui voulait faire de Berlin son Hub alors qu’ayant déjà des hubs à Francfort et Munich ne voit en Berlin qu’un aéroport de bout de ligne. Casse tête pour le gestionnaire car même si Lufthansa va reprendre certaines lignes d’Air Berlin, un aussi gros aéroport sans compagnie s’en servant de hub n’a aucun sens économique. A tel point qu’il a été envisagé de garder Tegel pour les moyens courriers et le “point to point” ce qui aurait été plus pratique pour les passagers mais un désastre économique encore pire.

Dans la foulée de nouveaux tests de sécurité sont pratiqués et des malfaçons sont découvertes au niveau des détecteurs à incendie et des sprinklers ! On annonce une ouverture entre 2019 et 2022.

Pendant tout ce temps pour maintenir les écrans d’information en fonction on leur a fait diffuser les informations sur des vols d’autres aéroports. En 2018 ces écrans sont grillés et à remplacer pour 550 000€.

Que faire d’un aéroport fantôme ?

Durant toute cette période l’aéroport aura été utilisé de manière innovante : visites payantes en vélo, organisation de courses à pied (semi-marathon), il a même été utilisé comme parking de stockage de voitures par Volkswagen.

Et alléluia, la semaine dernière Lufthansa a annoncé qu’elle allait opérer à partir du nouvel aéroport à partir de novembre 2020. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Il semblerait bien que oui mais on a eu tellement de surprises avec Brandebourg qu’on attend de le voir de nos yeux.

Au final l’aéroport de Berlin Brandebourg aura coté 6 milliards d’euros au lieu des 4 prévus.

Photo : Aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg de Christian Heinz via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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