Thai, Turkish Airlines, Royal Air Maroc : ces compagnies qui veulent au moins doubler de taille

Certaines compagnies aériennes font plus que renouveler leur flotte et suivre la croissance de la demande : elles ambitionnent de grossir massivement pour changer de dimension et jouer un rôle nouveau sur l’échiquier mondial. Au nombres de celles-ci Turkish Airlines, Thai et Royal Air Maroc.

Depuis la fin de la crise du COVID les commandes d’avion pleuvent et ce pour deux raisons principales. La première est le besoin de renouveler les flottes avec des avions plus efficaces et la seconde est la vitesse de la reprise et une croissance inattendue de la demande. C’est ainsi que, surprises par la vigueur du rebond, beaucoup ont réactivé les A380 qu’elles avaient mis à la retraite en attendant de recevoir de nouveaux appareils.

Accompagner la croissance, voici le maitre mot des compagnies aériennes en ce moment et rien n’est moins simple : quant on sait qu’Airbus ou Boeing ont pour plus de 10 de commandes devant eux il ne faut pas être pressé pour recevoir les appareils récemment commandés.

Mais pour d’autres l’ambition est toute autre : il s’agit non seulement d’accompagner la croissance mais de se doter des capacités qui leur permettront de grapiller les parts de marché de leurs concurrentes en aspirant une partie du traffic vers leurs hubs et ainsi changer de standing en se positionnant parmi les plaques tournantes inévitables du traffic mondial.

Dans cet article :

Air India et Indigo surfent sur la croissance du marché indien

Nous ne nous étendrons pas sur le sujet donc nous avons déjà parlé dans notre compte rendu du Salon du Bourget 2023 mais il est utile de le rappeler. Cette année ce sont les compagnies indiennes qui ont donné le coup d’envoi des « méga-commandes » avec 540 appareils pour Air India et 500 pour la low cost Indigo.

Alors bien sûr il y a la croissance du marché indien qui est encore au stade émergeant et constitue un potentiel de croissance gigantesque mais cela ne justifie pas de telles commandes.

Il y a également la volonté, notamment chez Air India, de devenir une plaque tournante du traffic entre l’Europe et l’Asie et de faire de Delhi un hub capable de rivaliser avec Bangkok, Singapour, Dubai ou encore Istanbul.

Turkish Airlines : la méga-commande que tout le monde attend

On vous parlait plus tôt cette année de la trajectoire et de l’ambition de Turkish Airlines, ce qui a été confirmé rapidement par l’annonce d’une future méga commande de la part de la compagnie turque qui a d’ailleurs conservé son titre de meilleure compagnie européenne.

On parle d’une commande de 600 appareils, 400 monocouloirs et 200 bicouloirs, composée de manière égale d’Airbus et de Boeings qui permettra à la compagnie de passer de 390 à 800 appareils d’ici 2033. A titre de comparaison Lufthansa en a 326 et Air France 209.

Et je ne parle même du hub d’Istanbul, totalement dimensionné pour supporter la hausse du traffic pour les 50 prochaines années.

Cette commande devait avoir lieu « à l’occasion d’un événement majeur », probablement le salon du Bourget et…elle n’a pas eu lieu.

Simple volonté de faire le buzz ? Ambitions révisées à la baisse ? Pas du tout.

Tout le monde connait l’importance des moteurs dans l’efficacité d’un appareil et c’est d’autant moins neutre que Turkish Airlines va commencer à desservir l’Australie dès la fin d’année. D’abord avec un stop à Singapour mais on se doute bien qu’elle aimerait également bénéficier d’appareils lui permettant d’y aller sans arrêt, ce qui est totalement dans l’ordre des possible car moins exigeant que le Project Sunrise de Qantas. La compagnie est d’autant plus vigilante qu’elle a connu des problèmes récurrents avec certains moteurs Pratt & Witney ces derniers temps.

Turkish Airlines est donc rentrée dans des discussions avancées avec les différents motoristes pour faire les meilleurs choix possibles et une décision devrait être officialisée très prochainement.

La résurrection inattendue de Thai

Plus surprenante est l’annonce de Thai Airways de vouloir doubler la taille de sa flotte de monocouloirs. Il ne faut pas oublier que la compagnie Thailandaise est en mauvais état depuis très longtemps et que le COVID a bien failli lui donner le coup de grâce.

A un moment on même cru que l’état thaïlandais allait finir par la lâcher tellement il semblait impossible de trouver une solution pour la rendre enfin rentable.

La compagnie est depuis 2021 dans un plan de restructuration sous un régime de protection des faillites et commence à regarder l’avenir avec avec confiance. Elle a d’ailleurs prévu de faire croitre légèrement ses flottes long et moyen courrier à assez court terme.

Elle prévoit d’ailleurs d’être à nouveau cotée en bourse en 2025 et de doubler sa flotte de moyens courriers dans la foulée. Pas de chiffres mirobolants, on parle de passer de 20 à 40 appareils, ce qui montre à quel point elle avait du réduire la voilure pour se sauver.

Pourquoi le moyen courrier ? Car la compagnie mise sur les très dynamiques marchés asiatiques et notamment l’Inde (le marché que tout le monde regarde) avant, peut être un jour, de redevenir offensive sur le marché du long courrier.

Et tant qu’on parle de Thai Airways, on regardera avec intérêt ce que va donner sa joint-venture récemment annoncée avec Turkish Airlines, dès fois que ça ne soit que les prémices de quelque chose de plus gros.

L’ambition nouvelle de Royal Air Maroc

Si on a bien compris que le futur du transport aérien se jouerait quelque part entre l’Europe et l’Asie, il ne faut pas négliger le continent africain qui ne comporte encore aucune superpuissance du secteur. En tout cas pour l’instant.

Lancée dans une dynamique positive depuis son entrée dans OneWorld, Royal Air Maroc a déclaré vouloir quadrupler la taille de sa flotte d’ici 2037, passant de 50 à 200 appareils. Si cela vous apparait modeste au regarde des chiffres énoncés plus haut il faut bien comprendre que c’est beaucoup pour une compagnie de ce continent à ce jour et que c’est l’équivalent de la flotte d’Air France ou le double de celle de KLM.

Ce projet est le bras armé de la volonté du gouvernement de développer le tourisme et attirer à terme 65 millions de touristes par an dans le pays, ce qui se traduira par un investissement de l’état dans la compagnie pour financer sa croissance.

On peut notamment s’attendre à une multiplication des destinations moyen courrier en Europe à la fois pour servir la diaspora marocaine qui y vit mais également pour viser une clientèle touristique située à quelques heures de vol à peine.

Tout le monde ne peut pas gagner au jeu de la croissance

On ne sait si toutes ces compagnies réussiront leur pari ou si certaines s’écraseront contre le mur des réalités mais au regard des chiffres annoncés, même avec un traffic en forte croissance, leur plan fonctionnera difficilement si elles se contentent de surfer sur cette dernière. Elles devront également réussir à capter une part du traffic existant, au détriment de certaines majors actuelles.

Peut être un peu moins pour Air India et Indigo dont le marché intérieur est une mine d’or dont l’exploitation ne fait que commencer.

Turkish Airlines aura pour objectif de continuer à prendre des client à la fois aux majors européennes mais également à ses presque voisines du Golfe.

Thai devra se battre contre ses rivales asiatiques et des compagnies indiennes en plein essor.

Quant à Royal Air Maroc ce sont principalement les compagnies européennes qu’elle visera pour capter l’essentiel du marché loisir vers la région.

Si toutes réussissent dans leurs plans et malgré la croissance de la demande ce sont donc principalement les compagnies européennes et (un peu) celles du Golfe et d’Asie qui y laisseront quelques plumes.

Conclusion

Si la plupart des compagnies essaie de capter la croissance actuel de la demande d’autres voient beaucoup plus grand. En ambitionnant de multiplier la taille de flotte par des facteurs de 2 à 4, Thai, Turkish Airlines, ou encore Royal Air Maroc veulent aussi faire de leurs hubs des plaques tournantes incontournables et croitre au détriment de leurs concurrentes actuelles en captant leur clientèle.

Image : avions Thai Airways de JetKat via Shutterstock

Bertrand Duperrin
Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a cofondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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