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Et si Lufthansa mettait la main sur Alitalia ?

La reprise d’Alitalia c’est un peu les feu de l’amour, quand on croit que c’est fini un nouveau rebondissement vient tout remettre en cause. Et celui dont on va parler ne serait pas de la moindre importance.

Comme on vous le disait ici, après s’être fait lâchement plaquer par Etihad, la belle (?) Alitalia vivait aux crochets de ses parents (l’Etat et le contribuable Italien) en attendant de trouver un mari à leur convenance.

Ménage à l’Italienne

Après moult tergiversations on s’acheminait vers un couple à 3 (comme quoi en Italie on a l’esprit ouvert) qui resterait vivre chez Papa et Maman. A savoir :

  • L’Etat Italien reste indirectement majoritaire avec 15% du capital, sachant que la compagnie ferroviaire nationale Ferrovie dello Stato prendrait 35%.
  • Atlantia, la holding du groupe Benetton prendrait 40%.
  • Les 10% restant iraient à Delta.

Et tout semblait finalisé et on s’attendait à ce que les bans soient publiés rapidement. Et là Patatras !

La belle (?) Alitalia s’est mise à mieux travailler et ramener plus d’argent, surtout avec le touristes qui venaient de loin (le long courrier) ce qui a poussé les parents à demander une dot encore plus élevée.

Ils ont donc demandé à Delta de revoir sa position et d’amener plus que les $100 millions initialement prévus. Ce à quoi le séducteur Américain, pas avare en union libres ces temps derniers, la dernière avec une sud américaine désargentée “volée” à une cousine éloignée, a répondu par… de l’attentisme.

Braquage à l’allemande

C’est là que revient en scène un ancien prétendant éconduit, le Baron Von Lufthansa. L’allemand avait manifesté son intérêt pour la belle (?) italienne mais les parents y avaient opposé un non ferme et définitif.

La raison ? Lufthansa qui après avoir épousé et remis sur le droit chemin une belge (Brussels Airlines), une Autrichienne (Austrian) et une Suisse (Swiss), forte de ce savoir faire et soucieuse que son épouse ne jette pas l’argent par la fenêtre voulait tout régenter dans la maison et voyait d’un mauvais oeil la présence envahissante des beaux parents ! Mais la Mama voulait rester surveiller sa fille et le baron s’en est retourné dans son allemagne natale.

Mais il y a les mariages de passion et les mariages de raison. Delta tardant à réagir, Lufthansa a de nouveau évoqué son intérêt pour un partenariat commercial et mettrait 200 millions d’euros sur la table. Assez pour faire voler en éclat l’union qui se profilait ?

Lufthansa, un serial redresseur !

Trêve de plaisanteries. Lufthansa s’est construite une belle réputation de redresseur de compagnies en difficulté quand Delta à de rares exceptions près n’investit que dans des compagnies qui ne vont pas trop mal (Air France, Virgin Atlantic..). Et cela le gouvernement italien le reconnait volontiers lui qui cherche le plus beau parti pour sa compagnie nationale et préfère la voir au bras de l’industriel allemand, échaudé qu’il a été par le bref mariage avec une fortune du Golfe, comme quoi l’argent ne fait pas tout.

Lufthansa-Alitalia : une hypothèse crédible ?

Mais dans ce poker menteur où chacun essaie de mettre la main sur une belle endormie à moindre frais, l’option Lufthansa est-elle crédible ?

La compagnie allemande ne parle que de “partenariat commercial“, pas de rachat. Déjà à notre avis pour ne pas faire peur au gouvernement Italien mais ensuite parce vu l’historique d’Alitalia elle préfère payer pour voir avant d’aller plus loin.

Mais à 200 millions d’euros ça n’est pas un partenariat, ça ressemble déjà plus à des fiançailles. Qui ne seront peut être jamais célébrées quand on connait les conditions allemandes.

  • Etre majoritaire seule ou a 2.
  • Réduction de la flotte et des coûts équipages.
  • Pas d’investissement sans accord préalable avec les syndicats pour éviter toute surprise.
  • Droit de regard sur la gouvernance.
  • Objectif de marge opérationnelle de 8% (pour info celle d’Air France KLM est de 1%).

Assez à notre avis pour que l’Etat et les syndicats se braquent en anticipant une inévitable casse sociale.

Mais, d’un autre côté, on n’imagine pas Delta céder aux demandes du gouvernement sans les mêmes garanties. En effet en mars elle ne disait pas autre chose, mais de manière moins directe, lorsqu’elle laissait entendre que la prise de participation n’était pas la seule option et qu’elle voulait être sûre de peser sur la stratégie de la compagnie italienne.

Mais une chose est sûre : ce sera Lufthansa ou Delta mais pas les deux ensemble. Et aujourd’hui Lufthansa a l’air d’être celle prête à investir le plus.

Un enjeu au delà d’Alitalia

Nulle doute que cela discute sec dans les états majors en ce moment, et ce d’autant plus que si l’affaire semble très italienne à première vue, elle a des implications bien plus large.

C’est d’abord un enjeu de partenariats. Les deux joint ventures-transtlantiques, l’une entre Air France-KLM, Delta et Virgin Atlantic, l’autre sans Virgin mais avec Alitalia doivent fusionner à la fin de l’année. Aucune chance que cela n’arrive si Alitalia tombe dans l’escarcelle de Lufthansa. Mais pourquoi pas, finalement. Je pense que Delta et Air France KLM misent aujourd’hui plus dans Virgin Atlantic dans laquelle ils ont tous les deux des parts que dans l’historiquement problématique compagnie italienne.

Puis un enjeu d’alliances. On ne voit pas Alitalita rester dans Skyteam si elle passe sous le contrôle de Lufthansa. Peu importe qu’elle rentre dans Star Alliance ou non (après tout LATAM quitte OneWorld sans entrer dans Skyteam) mais l’empreinte de Skyteam en Europe, déjà faible par rapport à celle de Star Alliance en serait encore plus affaiblie et ce sans faire injure à Air France, KLM et Air Europa (sinon Tarom et Czech Airlines font partie de l’alliance mais franchement pour ce que cela pèse niveau attractivité et réseau…)

Si en plus Alitalia venait à rejoindre Star Alliance celle-ci compterait donc, SAS, Lufthansa, Swiss, Austrian, LOT, Aegean, Brussels Airlines, Turkish Airlines, TAP Air Portugal, Croatia Airlines et donc Alitalia en Europe. A côté Skyteam et OneWorld seraient des nains continentaux et l’impact commercial tout sauf nul.

Enfin un enjeu de suprématie européenne dans ce qui était jusqu’à présent un jeu à trois entre IAG (British Airways, Iberia, Aer Lingus, Level, Vueling), Lufthansa Group (Lufthansa, Swiss,Austrian, Brussels Airlines, Eurowings) et Air France-KLM (Air France, KLM, Transavia) dans lequel il faut bien admettre que le duo franco-néerlandais était déjà distancé. L’intégration d’Alitalia dans Luftansa Group encerclerait de manière dramatique Air France-KLM d’un point de vue géographique et porterait un joli coup à IAG. Quand on voit comment Lufthansa Group excelle à proposer des parcours combinés entre ses différentes compagnies et hubs, l’intégration d’Alitalia ferait un mal considérable à la concurrence vu les nouvelles possibilités qui seraient ainsi offertes.

Et je ne parlerai même pas des programmes de fidélité avec une attractivité renforcée pour Miles&More qui est déjà non seulement le programme des compagnies de Lufthansa Group mais également de LOT, Croatia, Condor et Luxair !

Alitalia : un enjeu au moins européen

Au delà de savoir qui va mettre la main sur Lufthansa c’est des grands équilibres dans le ciel européen dont il s’agit. Je pense qu’Air France-KLM ou IAG se moquent un peu de savoir ou va finir Alitalia, mais savent où elles ne veut pas qu’elle atterrisse : un peu du “tout sauf Lufthansa“. De là à ce que Ben Smith demande à Delta de faire tout ce qu’il faut pour conclure le deal ?

Quant à savoir si Lufthansa est vraiment intéressée par Alitalia ou entend juste enfoncer un peu plus le clou et affaiblir ses concurrentes à commencer par Air France-KLM…

Bref, la suite au prochain numéro car avec Alitalia on n’est jamais à un rebondissement près !

Photo : un avion Lufthansa croise un avion Alitalia de De InsectWorld via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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