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Quelles sont les routes aériennes les plus importantes ?…Et ce que ça nous apprend

Le spécialiste des statistiques aériennes OAG a sorti la semaine dernière son classement 2019 des routes aériennes les plus profitables. Des chiffres intéressants de prime abord mais qui le deviennent encore plus si on les met en perspective de tendances et autres idées reçues du moment.

Comment mesure-t-on le succès d’une route aérienne ?

Avant d’aller plus loin il convient de se demander ce qui fait qu’on peut dire qu’une route aérienne est un succès. Le succèes se mesure soit du côté du client soit du côté de la compagnie aérienne.

Du côté de la compagnie aérienne tout d’abord. Cela se mesure naturellement de manière financière par différents indicateurs qui sont le revenu global, le revenu à l’heure de vol, le revenu au siège.

Du côté du passager ensuite : c’est le nombre de passagers transportés.

L’un mesure le succès financier (rentabilité), l’autre le succès commercial (attractivité). Les deux ne vont ils pas de paire ? Pas forcément.

Vous avez des lignes très business qui vont générer beaucoup d’argent avec “peu” de passagers et des lignes “loisir” qui vont attirer beaucoup de monde mais rapporter peu. Et les deux ne coincindent pas toujours.

Au milieu vous avez les destinations mixtes qui ont à la fois du succès en business, en tourisme premium et en tourisme de masse.

Les lignes aériennes les plus rentables sont…

Et voici donc les lignes les plus rentables entre avril 2018 et mars 2019 par route et par compagnie selon OAG.

Routes aériennes ayant généré le plus de revenu entre Avril 2018 et mars 2019

Deux choses sautent aux yeux.

La prédominance des ligne business tout d’abord : on ne voit pas beaucoup de lignes “loisir” dans ce tableau même si elles peuvent être cachées dans l’épaisseur du trait : un Londres Singapour peut emmener des passagers en correspondance pour Bali… Sauf que la logique voudrait qu’ils ne volent pas sur British Airways qui n’a pas de compagnie partenaire à Singapour mais passent plutôt par Hong-Kong pour terminer sur Cathay Pacific.

La puissance de Londres et du Royaume-Uni en Europe. Londres est concernée par 5 des 10 routes ayant généré le plus de revenu. On peut penser ce qu’on veut du Brexit et de ses conditions de mise en œuvre, cela ne doit pas nous faire perdre de vue où se situe le pôle de gravité du déplacement business et à haute contribution en Europe. Le client “haute contribution”, rentable et adoré par les compagnies aériennes ne passe ni par Paris ni par Francfort !

Mais ce mode de calcul souffre quelques limites sur lesquelles on ne peut fermer les yeux.

D’abord ce classement n’est pris que sous l’angle du revenu : il peut y avoir des routes plus fréquentées mais qui génèrent moins de revenu car moins fréquentées par des passagers à haute contribution. Un classement qui favorise aussi le long courrier où les billets sont logiquement plus chers.

Ensuite revenu ne veut pas dire rentabilité. Sur des lignes orientées business oui mais sur des lignes loisir très fréquentées ça n’est pas toujours le cas. Le revenu au siège aurait été un indicateur pertinent.

Enfin c’est un classement par compagnie et pas par ligne. On privilégie ici les compagnies qui dominent une ligne sans faire apparaitre les lignes ou le trafic est mieux réparti.

Ca n’est donc qu’une vision du sujet. D’ailleurs c’est une lecture nouvelle qu’OAG propose d’un rapport déjà sorti en mars et qui mettait davantage en avant le trafic par ligne.

Quelles sont les routes aériennes les plus fréquentées ?

Là on voit bien que ça change. Le New-York-Londres n’apparait par exemple qu’en 13e position et on voit l’émergence de routes moyen courrier qu’elles soient à vocation business ou loisir. D’ailleurs il y a peu de long courriers dans ce classement dominé par des lignes que je qualifierai de “navettes”.

Mais à première vue ce sont les routes “business” qui continuent à dominer (Kuala Lumpur – Singapour, Hong Kong- Taipei, Jakarta-Singapour, Hong Kong Shangai arrivent en tête).

On voit aussi une prédominance des routes asiatiques ce qui s’explique facilement. La présence de nombreuses iles y rend le transport terrestre souvent inapproprié. Et l’absence de réseau ferré à grande vitesse hors quelques exceptions notables y a créé une vraie culture de l’avion sur le moyen courrier avec, contrairement à ce qu’on voit en général en Europe, des appareils gros porteur bicouloirs comme des A330 ou B777 affectés à des trajets de 3h ou moins !

Là encore c’est Londres qui sauve l’honneur pour l’Europe avec 2 présences dans le top 20 (dont une pour le Dublin-Londres).

On ne trouve logiquement d’ailleurs qu’un seul transporteur aérien européen dans le Top 5 de ces routes…et c’est même surprenant vu leur localisation…

Il s’agit de KLM qui s’accapare 4% du Jakarta-Kuala Lumpur vu que son vol Amsterdam-Jakarta fait escale en Malaisie et qu’elle exploite le segment entre Kuala Lumpur et Jakarta en “5e liberté”.

Idem pour la surprenante Ethiopian Airlines qui s’octroie 2% du Kuala Lumpur-Singapour.

Quelles sont les routes aériennes intérieures les plus fréquentées ?

Logiquement on constate une absence totale des liaisons intérieures dans les pays européens en raison de la taille des pays et d’une infrastructure ferroviaire à grande vitesse développée. A l’inverse on va retrouver beaucoup de pays d’Asie et encore une fois des pays ou l’infrastructure ne favorise pas le terrestre ou où les distances sont trop grandes.

Et les routes les plus fréquentées en Europe sont…

Terminons par un coup d’œil à l’Europe avec des chiffres assez surprenants.

Au niveau des routes internationales au départ de l’Europe je ne reviendrai pas sur le Londres-New York qui arrive en tête du classement et dont on a déjà parlé.

Il n’empêche que Londres est encore 5 fois dans le top 10 (4 fois pour Heathrow une fois pour Gatwick). Cela s’explique logiquement par le caractère insulaire du Royaume-Uni mais pas seulement : Londres reste de loin la capitale du voyage d’affaires en Europe, en plus du fait d’être sur une île. On remarquera qu’une fois de plus malgré qu’il soit le plus gros aéroport européen, Roissy ne figure pas dans le classement et, bizarrement, Francfort non plus alors que le Londres Munich arrive en 9e position.

Autre remarque : Greta Thunberg a encore beaucoup de travail chez elle malgré tout le bruit (suramplifié) autour du “flygskam”. Les pays du nord de l’Europe sont de gros consommateurs de vols moyen courrier et cela s’explique sans mal par l’absence de continuité terrestre entre les capitales Scandinaves. Un combat perdu d’avance à l’heure ou paradoxalement SAS annonce son meilleur mois de juillet dopé par son moyen courrier et multiplie les annonces d’ouvertures de lignes nouvelles.

Pour ce qui est des vols intérieurs on remarque que la Turquie se défend très bien, taille du pays et parfois état des infrastructures oblige ! Mais ce classement réserve quelques autres surprises.

Le Barcelone Madrid en est une demie car c’est une route très bien desservie en train à grande vitesse. Quant au Paris-Toulouse il montre clairement que le TGV perd de son attractivité passé les 3h de trajet.

En tout cas l’absence remarquable de Paris et Francfort dans ces classements peut nous interpeler sur le centre de gravité de l’économie européenne à quelques semaines d’un Brexit dont on verra bien s’il change ou non la donne.

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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