CDG Express : clap de fin ?

Tant attendu, maintes fois repoussé, le Roissy Express qui devait proposer une liaison directe entre l’aéroport de Roissy et la capitale semblait enfin sur les rails même s’il allait arriver trop tard pour les JO de 2024.

C’était sans compter sur une décision du Tribunal Administratif qui annulé l’arrêté interprefectoral autorisant les travaux de la navette au motif qu’elle n’était pas d’utilité publique et donc ne justifiait pas la menace que sa construction allait faire peser sur des espèces protégées.

Deux arguments des pro CDG Express réfutés

Pour étayer sa décision le tribunal a balayé deux arguments invoqués en faveur de la construction de la ligne.

Le premier est sa nécessité dans la perspective des JO de 2014. Si l’argument était valide à l’époque de la prise de l’arrêté, il est évident qu’il est caduque aujourd’hui puisqu’il a été décidé entre temps de repousser son lancement afin de ne pas perturber de manière trop importante le trafic et les usagers “habituels” du RER B qui l’utilisent chaque jour pour aller travailler.

Le second est la nécessité d’accompagner la croissance attendue de Roissy. Or dans le contexte actuel et sans visibilité sur une éventuelle reprise il est évident que l‘offre de transport est quantitativement suffisante.

A cela s’ajoutent deux autres arguments.

En raison du contexte actuel et d’un mouvement massif vers le télétravail il ne serait plus utile de désaturer l’A1 et “doubler” le RER B. Par ailleurs le tribunal considère que les soucis d’attractivité de Paris résultent davantage de loyers élevés, d’un coût de la vie élevé et du “mauvais positionnement économique” de la ville que d’un problème d’infrastructures.

Si les deux premiers arguments se tiennent (et encore que), les deux suivants sont plus discutables.

Une vision court termiste et incohérente de la part du tribunal

Effectivement dans le contexte actuel la nécessité du CDG Express est moins évidente. Pour autant un jour le trafic reviendra à la normale et quand bien même il resterait au niveau et en deçà de son niveau de 2019 pour quelques temps n’importe quel usager vous dira que la situation était déjà intenable.

De la même manière parier sur le fait que le trafic pendulaire (les gens qui viennent travailler avec le RER B) restera à un bas niveau est une pure vue de l’esprit quand on voit les difficultés actuelles d’imposer le télétravail en période de crise sanitaire.

Quand on sait combien de temps est nécessaire pour relancer un tel projet on est dans une vision court termiste. On construira certainement le CDG Express non pas en 2024 mais en 2030 quand les contexte le justifiera de nouveau et on aura bien été avancés.

Pour ce qui est de l’argument relatif aux JO il se torpille de lui-même. Si on part du principe que l’ouverture du CDG Express a été repoussée à après les JO pour ne pas pénaliser durablement les utilisateurs quotidiens du REB par une concentration des travaux sur une trop courte période, on ne peut pas à la fois dire que le projet est repoussé pour ces raisons et dire que le trafic du RER B va diminuer dans de grandes proportions. Car en effet avec un RER B moins utilisé peut être que l’option 2024 redeviendrait valide pour le CDG express qui pourrait alors être prêt pour les JO.

Une expérience déplorable sur le RER B

De plus quand on parle de l’attractivité de la ville de Paris et sans renier la validité des arguments avancés par le tribunal, on ne peut négliger un argument qu’il méconnait totalement : l’impact du RER B comme première impression sur le touriste ou le voyageur d’affaires.

Un train bondé, non climatisé, souvent lent quand on ne trouve pas un direct, sans vrai rack à bagages (dommage pour un train qui dessert deux aéroports), inconfortable. Puis on enchaine sur l’arrivée Gare de Nord et sa cour des miracles.

Comparons à Londres (qui pourtant revient de très loin), à Francfort ou Amsterdam : Paris offre la pire “première impression aux voyageurs”. Non seulement l’expérience est mauvaise mais elle fait peur. Là on ne parle pas que de temps de trajet ou de transport mais de sécurité.

On ne parlera pas de Stockholm, Madrid ou Rome qui ne boxent pas dans la même catégorie (ou pas encore…) mais Paris est encore loin derrière

On ne parlera pas de Hong-Kong, de Kuala Lumpur, de Pekin et de tant d’autres…car on ne joue pas sur la même zone géographique.

Mais en matière de décalage entre l’expérience vécue, la “première impression” laissée à un passager et l’ambition affichée de la ville, Paris et le RER B sont ce que de mémoire de voyageur j’ai pu voir de pire. Quand on en parle avec des voyageurs étrangers le seul sentiment que cela nous inspire est la honte. Et c’est donc parti pour durer.

Et je ne parle que ds voyageurs. Donner de l’air aux usagers quotidiens du RER B qui vivent un enfer dans lequel la crise du COVID n’est, soyons en sûrs, qu’une parenthèse serait le minimum de la décence.

Quel avenir pour le CDG Express ?

Nul doute que le projet reviendra, tôt ou tard et que les circonstances rendront à nouveau les arguments des promoteurs du CDG Express valides.

D’ici là on aura juste pris du retard car on peut se cacher derrière les effets du COVID à court terme comme derrière son petit doigt : avant même d’accompagner une quelconque croissance, le CDG Express devait combler un retard criant et abyssal. Ce retard existera donc encore et pour longtemps.

En attendant nous souhaitons nos meilleurs vœux aux touristes qui viendront à Paris pour les JO car il faut bien être conscients qu’à l’occasion dès leur sortie de l’aéroport, la première que la France et Paris leurs montreront est ce qu’on sait faire de pire, de moins agréable, de moins sûr et rassurant, de plus sale.

Bravo.

Photo : REB B à Roissy de gallofilm via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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