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Pourquoi les cartes de crédit co-brandées n’ont pas de succès en France ?

Dans un article précédent nous vous disions qu’un des meilleurs moyens d’obtenir un statut facilement sur un programme de fidélité et de maximiser ses avantages était de prendre une carte de crédit co-brandée.

Malheureusement les cartes de crédit co-brandées dans l’industrie du voyage (hôtels ou aérien) sont quasi inexistantes en France ce qui fait que les français, voire les européens, sont défavorisés par des programmes de fidélité majoritairement conçus pour une clientèle nord-américaine qui, elle, bénéficie de telles cartes qui leur confèrent des bénéfices conséquents. Des seuils qui semblent inatteignables pour nous sont en effet beaucoup plus simple pour nos voisins d’Outre-Atlantique.

Comment se fait il donc que ces cartes soient aussi rares chez nous, que leurs bénéfices soient si minimes et qu’elles rencontrent un aussi faible succès ?

Il y a à la fois un problème d’offre et de demande.

Pas de culture de la fidélité en France

Un problème de demande pour commencer. Par rapport aux nord-américains c’est évident mais ça l’est aussi par rapport à certain pays Européens, les français n’ont pas la culture des programmes de fidélité dans le voyage. Ce qui peut s’expliquer de deux manière.

Soit ils jouent la carte “j’achète français” et ne se posent pas la question: je vole sur Air France et je dors chez Accor. Mais dans ce cas, quand on va toujours chez les mêmes, on a encore plus intérêt de tirer le maximum de bénéfices d’un programme de fidélité.

Soit ils voyagent moins que d’autres pour motifs professionnels et n’ont aucune raison de chercher à optimiser quoi que ce soit vu le nombre de vols et de nuitées consommées pas plus qu’ils n’ont de bénéfices à retirer pendant leurs vacances en famille des voyages professionnels effectués en solo dans l’année. Je penche plutôt pour cette option.

Quand vous voyez que tous les blogs et medias spécialisés sur le sujet sont anglo-saxons et qu’il n’y a quasiment rien sur le sujet en France il y a forcément une raison.

Les banques françaises n’ont pas les moyens de faire des cartes co-brandées

Mais il y a aussi un problème d’offre : à quoi sert une carte de crédit co-brandée si les bénéfices qu’elle offre sont ridicules au regard de la cotisation annuelle demandée ?

En France il n’y a guère que l’Amex Air France qui soit à peu près correcte et encore…Les bénéfices qu’elle offre sont à des années lumières de ce qu’offre une Amex co-brandée Delta Airlines aux Etats-Unis et si elle est utile pour acquérir/conserver un statut (60 XP par an offerts pour la platinum), dès lors qu’on a atteint le statut platinum à vie il est urgent de prendre une Amex Platinum “normale” qui offre beaucoup plus d’avantages en global mais rien de spécifique à Air France.

Mais en conclure que les banques et organismes financiers en France sont pingres (je rappelle que dans le cas d’une carte de crédit co-brandée c’est la banque qui achète à la compagnie tous les miles et points bonus qu’elle vous offre) serait aller vite en besogne. Qui serait en effet assez stupide pour se priver d’un levier très efficace pour attirer de nouveaux clients ?

La vérité c’est que comme vous avez pu le lire dans l’article que je mentionne dans le paragraphe précédent, la vente de miles aux banques est un business très lucratif pour les compagnies aériennes aux Etats-Unis. Corollaire : cela coûte très cher aux banques qui doivent amortir cette dépense. Et pour y arriver le système US est beaucoup plus avantageux pour elles.

Comment les banques US financent les miles qu’elles offrent à leurs clients ?

Ce qu’on appelle carte de crédit en France n’est pas une “vraie” carte de crédit au sens propre du terme. C’est une carte de débit à débit immédiat ou différé. Soit votre compte est débité cash au moment de la dépense, soit à la fin du mois. Et cela sans intérêts.

Aux Etats-Unis on est dans la logique de l’endettement permanent. Vous dépensez ce que vous voulez sans échéance de remboursement fixe (enfin jusqu’à ce que vous ne puissiez plus rembourser et que la banque dise stop et vienne saisir votre voiture, vos meubles ou votre maison). Et là bien sur il y a un taux d’intérêt qui dépend de la banque et de votre “Credit Score” (une note qui vous est donnée par rapport au fait que vous remboursiez régulièrement, vous payiez vos factures et loyers à la bonne date etc…).

Ce taux est généralement largement supérieur à 12% et peut aller jusqu’à 25% ou plus ! Avec ça il n’est pas étonnant que les banques aient les moyens de vous offrir des miles à gogo vu que vous les avez financé vous-mêmes avec les intérêts que vous payez sur vos dépenses !

Mais ça n’est pas tout. Les cartes de crédit US offrent ce qu’on appelle le “cashback” : chaque mois on vous rembourse 1, 2 ou 3% de certaines de vos dépenses ! Et forcément une carte de crédit co-brandée vous rapportera encore plus de cashback quand vous achetez des billets à la compagnie concernée.

Mais là encore l’argent ne tombe pas du ciel ! A chaque transaction la banque prélève une commission dite d’interchange qui est aux USA de l’ordre de 2% (et pourrait augmenter prochainement). Pour vous rembourser de l’argent, elle pioche donc dans cette commission…et ne fait donc que vous rendre de l’argent qu’elle vous a déjà pris.

Le problème en France ? La commission d’interchange est de l’ordre de 0,2 ou 0,3%. A moins de proposer un cashback de 0,1% sans aucun attrait pour le client, voilà encore un bénéfice qui n’est pas finançable en France.

D’ailleurs si vous trainez sur les “travel blogs” américains vous verres pléthore d’articles sur les cartes de crédit co-brandées, leurs avantages etc. Pourquoi ? Déjà parce que ça fait partie intégrante de la manière dont on optimise son programme de fidélité là bas mais en plus parce que chaque client nouvellement acquis rapporte tellement aux banques qu’elles donnent de grasses commissions aux blogueurs qui mettent des liens depuis leurs articles vers leurs formulaires de souscription. A tel point que certains de nos “confrères” US à forte audience financent quasi totalement leurs voyages avec les programmes de parrainage des banques. Rien de tout cela sous nos cieux. Mais cela vous montre l’importance de ce business !

Le client français est il si perdant que ça ?

Beaucoup se disent “ah si j’étais aux US ou si j’avais un compte aux US je pourrais avoir une carte qui me donne des tonnes de bénéfices” et je ne suis pas sûr que ça soit un bon calcul ou qu’on y perde beaucoup au change.

En France le seul coût d’une carte de crédit, co-brandée ou pas, est la cotisation annuelle, de l’ordre de 500 à 600€ pour une platinum, 200€ pour une gold.

Là bas entre les commissions d’interchange et le coût du crédit, le coût annuel pour le consommateur peut devenir astronomique et je ne parle même pas du risque de se retrouver sur la paille si on ne fait pas attention ! Pas étonnant que les banques arrivent à financer d’énormes bonus de miles avec ce qu’elles prélèvent à leurs clients tous les mois !

Oui les cartes de crédit co-brandées aux USA donnent des avantages faramineux par rapport à leurs alter-ego européennes mais elles peuvent se le permettre car elles vous coûtent infiniment plus cher et ne font que vous rendre une partie de l’argent que vous leur avez déjà donné. Les banques françaises n’ont tout simplement pas, dans notre système bancaire, les moyens de financer l’acquisition massive de miles auprès des compagnies aériennes.

Et c’est pour cela que ça ne pourra pas fonctionner en France voire en Europe dans l’état actuel du système, ce que je ne trouve pas être une si mauvaise chose que ça ! Mais il n’en reste pas moins que quand un programme de fidélité est conçu pour fonctionner avec les bonus généreux accordés par les banques aux titulaires de cartes co-brandées, il est vraiment inégalitaire pour les clients français voire européens.

Photo : Cartes de crédit co-brandée de Jeramey Lende via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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