Comment les compagnies aériennes se désendettent et trouvent des liquidités ?

La crise liée à la pandémie a fait des ravages dans les compagnies aériennes et leurs finances se sont retrouvées au plus mal. Si beaucoup d’entre elles ont pu compter sur des aides publiques pour se sauver dans un premier temps cela ne suffit pas et il leur faut trouver d’autres moyens de recevoir de l’argent frais.

Les aides publiques ne sont pas infinies

A situation extrême décisions extrêmes. Beaucoup de compagnies ont reçu un voire deux tours d’aides publiques sous une forme ou une autre et rien ne dit que certaines n’en auront pas besoin d’un troisième. Mais il faut bien avoir conscience que la fête est bientôt finie.

D’abord parce que les Etats n’ont pas les poches assez profondes pour aider des compagnies aériennes à survivre indéfiniment et, de toute manière, parce qu’un seul secteur ne peut pas capter les aides de manière disproportionnée.

Ensuite parce que les autorités anti-concurrence veillent. Alitalia est dans le viseur, les dernières aides octroyées à KLM et TAP ont été retoquées (en tout cas partiellement) et lorsque les aides sont validées elles s’accompagnent de contreparties parfois importantes.

Les compagnies ont encore besoin d’argent frais

Mais quoi qu’il en soit la plupart des compagnies aériennes ont encore besoin d’argent frais et si possible de l’argent qui ne serait pas public. Pourquoi ?

Parce que toutes n’ont pas été aidées par les Etats et pas toujours dans les mêmes proportions.

Parce que la crise n’est pas finie et qu’il va falloir du temps avant que les comptes ne rebasculent dans le vert. L’aérien est un métier où quand on gagne de l’argent on en gagne peu mais où quand on en perd c’est en général de manière massive.

Parce qu’elles ne veulent pas devoir subir les contreparties assorties aux aides d’Etat voire veulent rembourser leurs premières aides au plus vite pour se débarrasser de tout pouvoir d’ingérence des pouvoirs publics dans leurs affaires.

Contrairement à une idée reçue le recours aux aides publiques n’est pas une fatalité ! Dans l’urgence et vu le manque de perspectives du secteur il y a un an cela a pu être la solution la plus efficace mais il y avait d’autres options. Comme nous l’écrivions il y a un an déjà certaines compagnies ont eu recours dès le début aux marchés et parfois même sans garantie d’Etat.

Maintenant celles qui le peuvent continuent à le faire, parfois pour des raisons totalement différentes et nous allons voir 3 exemples.

Le « leaseback » une manière éprouvée de recevoir des liquidités

Le premier cas n’a rien de neuf et les compagnies aérienne n’ont pas attendu la crise pour l’éprouver. Il s’agit du « leaseback » (Sale-and-Leaseback si on veut être précis).

Il s’agit pour une compagnie aérienne de vendre des avions dont elle est propriétaire à un organisme qui ensuite va lui louer les appareils qu’il vient de lui acheter. Pour faire simple on transforme une immobilisation en capital en argent frais qui sert à payer des dépenses opérationnelles.

Alors oui cela oblige à payer pour utiliser des appareils dont on était auparavant propriétaires mais cela génère de la trésorerie et du cash et permet de se donner du temps pour voir comment la situation évolue.

Ainsi Singapore Airlines a fait au printemps une opération de leaseback portant sur 11 appareils qui lui a rapporté 1,5 milliards de dollars (américains).

Certains empruntent pour se débarrasser d’un créancier encombrant

On savait bien que Lufthansa était profondément allergique au fait de voir l’Etat Allemand se mêler de ses affaires, la gestion d’une entreprise étant une affaire d’entrepreneurs et pas de politiques et c’est de mauvaise grâce que la compagnie a vu l’état entrer dans son capital suite à l’octroi d’un premier paquet d’aides en 2020.

Maintenant que l’horizon se dégage, la compagnie Allemande se tourne donc vers les marchés. Pas question en effet de rembourser les aides publiques avec l’argent que la compagnie peine encore à gagner mais la direction de l’entreprise préfère revenir à un actionnariat purement privé et devoir de l’argent aux marchés plutôt qu’au contribuable. De plus le remboursement des aides publiques lui permettra de ne plus avoir à en accepter les contreparties, contreparties il est vrai beaucoup plus légères que celles qui ont été imposées à Air France d’abord par l’Etat Français pour l’octroi d’un PGE puis l’Union Européenne pour sa recapitaliation.

Lufthansa va donc procéder prochainement à une augmentation de capital qui lui permettra de rembourser les aides publiques et faire sortir l’Etat de son actionnariat. Précisons que la compagnie allemande qui a reçu 6,8 milliards dans le cadre d’un plan de sauvetage n’en a utilisé que 2,5 mds et en a déjà remboursé 1 md en début d’année.

Les compagnies US donnent en garantie leurs revenus futurs

Troisième moyen de se financer, très créatif celui-ci, mettre une activité très rentable dans une filiale et s’en servir pour lever massivement des fonds ! Cela fonctionne notamment dans les pays où les gens sont accro aux cartes de crédit, les dites carte de crédit constituant des sources de revenus actuels et futurs gigantesques, que les avions volent ou pas. Pour mémoire une compagnie comme American Airlines a souvent été déficitaire sur son coeur de métier (faire voler des avions) et dégageait des bénéfices grâce ) son programme de fidélité.

Bref les compagnies US ont levé de l’argent massivement en donnant en garantie les revenus de leurs programmes de fidélité, autrement plus rentables et rassurants que leur cœur de métier. Mais tout cela on vous l’a déjà expliqué récemment.

Les bons élèves d’avant crise favorisés lors de la reprise

Pourquoi tout le monde ne fait pas comme Singapore Airlines ou Lufthansa ? Pour emprunter sur les marchés il faut donner des garanties de bonne santé et de bonne gestion et si la crise a durement impacté tout le monde les marchés n’ont pas la mémoire courte.

Les compagnies qui avaient des finances et une gestion saine avant la crise seront toujours vues d’un bon oeil par les marchés. Les autres resteront suspectes pour un temps et devront toujours compter sur l’aide directe ou indirecte des pouvoirs publiques. C’est le cas d’Air France, la nouvelle direction n’ayant pas eu le temps, avant la crise, effacer les conséquences d’un pilotage à vue qui n’avait que trop duré avant son arrivée. C’est certainement pour cela que vous entendrez certainement parler dans quelques mois d’une nouvelle intervention de l’Etat en faveur de la compagnie française alors que sa concurrente allemande, elle, aura soldé ses dettes auprès des pouvoirs publics.

Photo : A350 Singapore Airlines de KITTIKUN YOKSAP via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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