Pourquoi les discussions entre Lufthansa et le gouvernement allemand s’éternisent

Alors qu’Air France-KLM a rapidement bouclé un plan de soutien financier de la part de l’état Français et qu’on attend la même chose de la part de l’état nééarlandais prochainement, les choses semblent s’éterniser du côté de Lufthansa dont les discussions avec le gouvernement allemand tardent à aboutir.

Lufthansa dans la tempête mais pas plus que les autres

Selon les dires mêmes de son PDG, Carsten Spohr, Lufthansa perd 1 million d’euros par heure depuis le début de la crise du COVID-19 qui la voit clouer au sol 99% de sa flotte. Ce sont des chiffres similaires à ceux qu’on a vu chez Air France-KLM. Et on serait même tentés de dire que ces chiffres sont une bonne surprise.

Quand on parle de Lufthansa on parle ici de Lufthansa Group à savoir les compagnies Lufthansa, Swiss, Austrian, Brussels Airlines et Eurowings. Une flotte de de 763 appareils et 140 000 salariés contre, par exemple, 524 appareils et 80 000 salariés chez Air-France KLM.

Toujours à titre de comparaison les deux groupes présentaient des niveaux de trésorerie relativement similaires au début de la crise, voire meilleure pour Air France-KLM.

On se serait donc attendu à des pertes supérieures pour Lufthansa en raison de sa taille et des coûts fixes que cela engendre et donc au risque qu’elle soit financièrement exsangue plus rapidement que sa concurrente mais il n’en est rien. Preuve de notre point vue de son excellente gestion et/ou du fait que les bonnes mesures ont été prises très rapidement.

Pour autant Lufthansa n’est pas logée à un régime différent de sa concurrente et quand bien même sa rentabilité a été infiniment meilleure ces dernières années (on parle de 10% contre 2%) elle n’en est pas moins réduite à trouver les moyens financiers d’assurer sa survie.

Et autant Air France KLM et le gouvernement français ont très vite bouclé leur plan (un des plus rapides de l’industrie) autant on peut commencer à s’inquiéter du fait de ne voir toujours rien arriver côté allemand.

Un plan de 9 milliards en discussion

Aujourd’hui Lufthansa Group serait en discussion avec l’état Allemand pour une aide de 9 milliards d’euros. Mais contrairement à ce qui a été fait pour Air France-KLM on ne parle pas ici que d’un prêt mais aussi d’une entrée au capital de l’Etat allemand qui rendrait ensuite possible un prêt d’actionnaire.

Il faut bien comprendre ce que cela peut avoir d’exceptionnel car la compagnie allemande est totalement privatisée depuis 1997 à l’issue d’un processus entamé en 1992. Aussi surprenant que cela puisse sembler vue de France les 2 plus gros groupes aériens européens à savoir IAG (British Airways, Iberia…) et Lufthansa n’ont pas d’actionnaires publics (le Qatar détient 25% d’IAG mais c’est dans une autre logique…) alors que la France était actionnaire à 14,3% d’Air France-KLM avant de voir l’état néerlandais la rejoindre à hauteur de 14,3% sur fonds de querelles de gouvernance car il n’est pas non plus dans la culture néerlandaise d’être présente au capital des entreprises du pays.

Plus que d’argent on parle bien d’un vrai changement de gouvernance puisque l’état demanderait en contrepartie de son aide 25,1% du capital (le plus gros actionnaire détient aujourd’hui 10% des parts), deux sièges au comité de surveillance et une minorité de blocage. On parle aussi d’intérêts à un taux faramineux (9%) pour le prêt d’actionnaire qui serait accordé après l’entrée au capital.

Lufthansa veut garder son destin en main

Et c’est là que le bât blesse. Carsten Spohr sait ce qui a fait de Lufthansa Group une entreprise prospère et en pleine croissance avant le COVID-19 et pense au “coup d’après”. Dit autrement il ne veut pas que celle bouée de sauvetage se transforme demain en un boulet au pied.

“Le conseil d’administration de la Deutsche Lufthansa AG poursuit les négociations dans le but d’assurer la viabilité future de l’entreprise au profit de ses clients et de ses employés”. Une déclaration pas si sibylline que cela et qu’on pourrait traduite par “le business doit rester une affaire de professionnels”.

Ne disait il pas fin avril “Lufthansa a connu les trois meilleures années de son histoire d’entreprise. Si elle veut réussir à l’avenir, elle doit continuer de pouvoir façonner son sort de manière entrepreneuriale“.

On l’a bien compris, chez Lufthansa on voit d’un très mauvais oeil de devoir rendre des comptes à l’état et voir ce dernier peser sur les choix stratégiques de l’entreprise.

Lufthansa en négociation bilatérale avec plusieurs états

De plus Lufthansa Group n’est pas en discussion avec un seul mais avec plusieurs états. De la même manière que l’Etat Néerlandais va intervenir aux côtés de la France pour Air France-KLM, la Suisse, la Belgique et l’Autriche sont également concernées, dans une moindre mesure que l’Allemagne, car Brussels Airlines, Swiss et Austrian font partie de Lufthansa Group.

En effet Swiss et Edelweiss (sa filiale) viennent d’obtenir un prêt de 1,5 milliards d’euros garanti à 85% par la Confédération Helvétique sans qu’une participation au capital soit envisagée. L’état n’est aujourd’hui pas au capital de Swiss, propriété à 100% de Lufthansa Group.

Pour ce qui est de Brussels Airlines la Belgique a proposé une aide financière (Lufthansa demandait 390 millions d’euros) mais assortie là aussi d’une montée dans le capital de la compagnie belge à hauteur de 25,1% (l’état n’est actuellement pas au capital de la compagnie détenue indirectement à 100% par Lufthansa Group). Pas question pour Lufthansa qui a décliné l’aide de l’Etat et restructurera donc Brussels Airlines seule et certainement de manière un peu plus abrupte.

En Autriche, Austrian a demandé une aide avoisinant les 700 millions d’euros.

On comprend bien la position du groupe qui, déjà réfractaire à la présence d’un état à son capital se verrait mal avoir à jongler avec les exigences de deux ou trois états. Quand on voit ce que cela donne à deux entre France et Pays-Bas on ne peut que lui donner raison.

D’ailleurs Carsten Spohr lui-mêle disait fin avril qu’il n’était pas question que les politiques lui dictent de devoir davantage favoriser tel ou tel hub, ce que l’on comprend aisément.

Un aversion pour l’immixtion des états dans les affaires qui lui a même fait dire qu’il préférait faire faillite que laisser l’état Allemand peser sur les décisions de l’entreprise.

Lufthansa en faillite : info ou intox ?

Lufthansa, hier dominatrice demain en faillite, qui y aurait pensé ? Et pourtant l’option a bien été publiquement évoquée par la direction.

Il ne s’agirait toutefois pas d’une disparition de la compagnie, le droit allemande prévoit un mécanisme pour qu’une entreprise puisse gérer son insolvabilité en se mettant à l’abris des créanciers avec la possibilité de convertir de la dette en capital. Un mécanisme réservé aux entreprises financièrement saines mais ayant connu des difficultés ponctuelles particulières qui s’applique donc parfaitement à la compagnie. De plus, sous ce régime, la procédure peut être auto-administrée, c’est à dire que l’actuelle direction resterait en place.

Bluff ? Spohr a une vision entrepreneuriale très précise de ce qu’il faut pour la réussite de la compagnie et ses résultats passés plaident pour lui alors il ne faut jurer de rien. Mais gageons, comme les dernières rumeurs le laissent supposer qu’il s’agissait surtout de mettre la pression sur le gouvernement allemand pour qu’il limite ses exigences.

Vers un deal avec le gouvernement dans les prochains jours.

Les dernières nouvelles vont dans ce sens et il se dit qu’un deal avec le gouvernement à hauteur de 10 milliards d’euros devrait être annoncé dans les prochains jours.

On verra si la menace de faillite a porté ses fruits et si Lufthansa a réussi à négocier des conditions plus favorables qu’escompté quant à la capacité d’ingérence de l’Etat, les taux d’intérêts ou on ne sait quel détail dérangeant. Ou si, au contraire, le gouvernement n’a pas cédé quitte à voire la direction aller au bout de ses idées et se mettre en “auto-faillite”.

La suite au prochain numéro.

Photo : Avion Lufthansa à Munich par Tamme Wichmann via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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