COVID : le vaccin sera-t-il obligatoire pour prendre l’avion ?

Les premiers vaccins contre le COVI-19 sont quasiment disponibles et les premières campagnes de vaccination massives devraient commencer dans les prochaines semaines. Pour beaucoup c’est un signe d’espoir en la reprise du transport aérien et, à l’inverse, d’autres s’inquiètent de voir le vaccin devenir un prérequis au voyage à l’avenir.

Le vaccin anti COVID pour restaurer la confiance dans le voyage

Il est certain que l’arrivée du vaccin était devenu la seule chose qui pouvait vraiment permettre au secteur du voyage de vraiment repartir.

D’abord parce qu’il restaure la confiance des gens dans le voyage. Plus peur de prendre l’avion, plus peur d’être dans une zone possiblement infectée, plus peur d’être au contact des autres.

Mais également car il restaure la confiance des destinations dans ces mêmes voyageurs : il n’y aura plus de crainte qu’un touriste venu du bout du monde ré-importe le virus dans une zone jusque là protégée ou qui aurait réussi à faire reculer la pandémie.

Si tout le monde a intérêt à voir le vaccin se généraliser, qui peut l’imposer ?

Les destination n’imposeront pas (toutes) le vaccin

Un pays peut il imposer un vaccin à ses visiteurs ? Oui bien sur. Sera-ce le cas ? Probablement pas.

A ce jour il n’est question nulle part d’imposer le vaccin à la population locale. Parce que c’est le meilleur moyen de créer une vague de contestation et parce que c’est pratiquement difficile à mettre en œuvre hors de pays peu regardants au regard des droits de l’homme.

Sans rentrer dans les détails la possibilité de rendre un vaccin obligatoire dépend aussi de la législation locale. Pour le cas de la France et même si la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme laisserait penser qu’il s’agit d’une atteinte à l’intégrité de la personne, le Conseil Constitutionnel valide le principe d’une vaccination obligatoire.

Il ne sera déjà pas possible d’imposer le vaccin aux visiteurs s’il n’est pas imposé aux locaux alors qu’il coule de source que s’il est imposé aux locaux il sera imposé aux visiteurs.

D’ailleurs se pose la question de savoir comment contrôler que les visiteurs sont bel et bien vaccinés. Quand on est un pays relativement fermé comme la Chine ou une île comme l’Australie les points d’entrée sont faciles à contrôler.

Qu’en est il de l’Europe ? On peut rentrer dans la plupart des pays par avion, voiture, train, bateau… Moins facile que de contrôler les frontières Australiennes. Un passager pourrait arriver par un pays “sans vaccin” et se rendre relativement facilement dans un pays à vaccination obligatoire. Il faudrait donc une politique concertée au sein de l’UE afin de d’aligner les positions “internes” et se concentrer sur les frontières extérieures. Vu que ce qu’on a vu ces derniers mois c’est une option plus qu’improbable à moyen terme.

Et puis reste la peur des destinations “poubelles”. Devant le refus de certains de se faire vacciner ou la lenteur du processus, certains pays pourraient-ils être être tentés de booster le redécollage du tourisme en étant moins-disants sur les exigences en termes de vaccin ? C’est totalement envisageable même si ça ne sera jamais présenté sous cet angle.

Si le vaccin est vital au redécollage du tourisme de loisir et d’affaires et de l’économie en général on ne voit pas la plupart des pays l’imposer pour rentrer sur leur territoire d’autant plus qu’à moyen terme l’exigence d’un test PCR récent pourra être un autre moyen de montrer patte blanche. En effet, pas de vaccin ne veut pas dire pas d’exigences.

Les compagnies aériennes peuvent elles imposer le vaccin ?

Si un secteur attend le vaccin avec impatience c’est bien l’aérien. Pour booster la demande, pour lever les contraintes, pour augmenter les destinations disponibles…

Quant à savoir si les compagnies aériennes imposeront le vaccin, c’est une autre histoire. Aujourd’hui ça ne semble pas être la tendance.

Qantas a beaucoup fait parler en disant qu’elle rendrait le vaccin obligatoire. En a-t-elle le droit ? Oui, il suffit de modifier le contrat de transport. Mais Qantas opère dans le contexte spécifique de l’Australie, une île “facile” à fermer et ce qui a du sens et est efficace pour les uns ne l’est pas pour les autres.

Chez Ryanair on le dit haut et fort : on n’imposera pas le vaccin. Idem chez KLM. Et c’est le son de cloche qu’on entent à peu près partout, en tout cas aujourd’hui.

Il s’agit certainement pour les compagnies de peser le pour et le contre, en tout cas à moyen terme. Il faudra du temps pour que tout le monde soit vacciné et les populations prioritaires en termes de vaccins ne sont pas celles qui sont dans leur coeur de cible, en tout cas dans sa clientèle la plus rentable : le long courrier premium. Imposer le vaccin c’est se couper les ailes avant même la vraie reprise.

Ensuite il y a certainement la crainte des compagnies “poubelles” qui joueraient la carte du moins disant pour, là encore, capter la plus grande part de marché possible.

Imaginez qu’une destination soit en effet desservie par des compagnies qui imposent le vaccin et d’autres qui ne l’imposent pas ? Pour les gens vaccinés le choix est clair mais s’il sont trop peu nombreux c’est un suicide commercial.

Il faut bien avoir en tête cette période transitoire que constitue la période de vaccination qui durera bien un an. Pendant ce temps, de la même manière qu’on commence à voir se multiplier les vols “COVID-Free” à tests obligatoires, on pourra voir certains vols réservés aux gens vaccinés avec la promesse de moins de contraintes, un meilleur service, une meilleure expérience (le port du masque en long courrier est une vraie contrainte…mais d’un autre côté les vols COVID Free ne sont pas Mask Free à ce jour…).

La question de la preuve du vaccin

Mais une fois qu’on s’est dit tout cela il reste le point essentiel : comment apporter une preuve fiable qu’on a bien été vacciné. On a bien vu des traffics de faux tests PCR négatifs à Roissy…

C’est un vrai sujet à l’heure de la protection des données personnelles et souvenons nous qu’il n’existe pas de politique globale de partage des données entre Etats pour les passeports à ce jour hors de quelques initiatives locales et/ou bilatérales donc d’ici à y inclure les données vaccinales… Cette approche posera aussi des questions en matière de protection des données personnelles, de la vie privée, sans compter que toute le monde n’a pas de passeport.

ll faudrait donc créer un document autre que le passeport mais qui soit émis par un tiers de confiance.

Aujourd’hui l’IATA (L’Association internationale du transport aérien ) travaille à une application qui permettrait aux prestataires de soins de santé de télécharger en toute sécurité les résultats des tests Covid et les certificats de vaccination sur le compte d’un utilisateur, tout en liant ces documents à l’identité du voyageur pour éviter tout abus. Grâce à l’application, les utilisateurs pourraient ensuite montrer ces documents aux compagnies aériennes et aux aéroports afin de faciliter les déplacements.

Tiers de confiance non gouvernemental…l’approche de l’IATA a tout pour plaire et elle offrirait l’avantage d’une diffusion rapide. C’est l’approche la plus crédible que nous voyons aujourd’hui.

Le vaccin : un standard de fait

De la même manière que toute la population ne sera pas vaccinée du jour au lendemain nous ne voyons pas le vaccin devenir obligatoire pour voyager dans un avenir proche, en tout cas pas de manière généralisée.

Toute la difficulté va résider à gérer la période transitoire jusqu’à la bascule où on aura une masse critique de personnes vaccinées.

Ironiquement, moins on aura de personnes vaccinées plus imposer le vaccin sera un suicide économique et commercial et plus on en aura moins cela sera nécessaire !

Ce que nous pensons chez TravelGuys :

  • Il y aura des pays et des compagnies qui imposeront le vaccin dès le début mais cela restera marginal
  • Au fur et à mesure qu’on aura davantage de gens vaccinés on verra cohabiter des parcours “avec vaccin” et “sans vaccin”. Compagnies aériennes et pays de destination appliqueront des mesures et proposeront des expériences spécifiques au passagers vaccinés. Pas de test (bien sûr), moins de contrôles à l’arrivée, voyage sans masque et fréquences réservées (par exemple 1 vol sur 3 réservé aux vaccinés sur un Paris Francfort, une fréquence par jour sur NYC…)
  • Le fait des voyageurs de se faire vacciner sera moins dicté par les injonctions gouvernementales que par la promesse de la levée de nombreuses contraintes dans les déplacements.

Pour dire les choses plus simplement : le vaccin ne sera pas une condition obligatoire pour voyager dans ce sens où il ne sera pas imposé à grande échelle ni par les destinations ni par les compagnies aériennes. Mais il deviendra un standard de fait par la seule volonté des voyageurs qui voudront se simplifier la vie.

Et si vous voulez le regard exclusivement juridique d’un avocat nous nous recommandons cet excellent article.

Photo : vaccin contre le covid de Fit Ztudio via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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