La raison pour laquelle les prix des billets d’avion resteront hauts en 2023…et après

Le prix des billets d’avion n’a cessé d’augmenter de manière vertigineuse en 2022 pour des causes autant conjoncturelles que structurelles. Faut il s’attendre à ce que le la tendance s’inverse en 2023 ? Vu la cause principale de cette augmentation il y a peu d’espoir de voir les choses s’améliorer à court voire moyen terme.

Une hausse incontestable des prix des billets d’avion

Si parfois les hausses de prix ne sont qu’une affaire de perception, dans le cas des billets d’avion c’est une réalité.

En France, selon la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) entre octobre 2021 et octobre 2022 les prix ont augmenté de 15% sur les vols intérieurs et 26% sur les vols internationaux.

Cette hausse est respectivement de 22,1% et 25,7% si l’on se réfère à 2019, période pré-COVID.

Selon le US Bureau of Labor Statistics, c’est une augmentation de 42,9% qu’ont connu les prix des billets d’avion.

Une tendance qui tendrait à se confirmer : selon Amex Corporate Travel les prix vont augmenter de 25% en 2023 sur les routes d’affaires les plus importantes.

A quoi cela est-il dû et cela va-t-il durer ?

Une demande en forte hausse

La fin des restrictions dues au COVID dans la plupart des pays (et désormais la chine) a provoqué une hausse de la demande beaucoup plus importante qu’attendue. Certains aéroports sont déjà au delà de leur traffic pré-COVID et pour les autres ils n’en sont pas loin. Selon Eurocontrol le traffic européen est déjà à 92% de son niveau d’avant le COVID.

Qui dit hausse de la demande dit logiquement hausse des prix en vertu du yield management. Logique ? Pas nécessairement.

Si la demande reste inférieure, même légèrement, à celle de 2019 il n’y pas de raison qu’il n’y ait pas les capacités pour y faire face.

Il y a donc d’autres raisons.

Moins de main d’œuvre

On l’a vu avec des vagues d’annulations en 2023 : le secteur aérien manque de main d’œuvre.

Non seulement les compagnies aériennes qui ont pour certaines massivement licencié pendant le COVID ou poussé des salariés vers la retraite ou la sortie mais également tous leurs prestataires aéroportuaires sans lesquels les avions ne peuvent pas voler non plus.

Et comme dans la restauration ces métiers, souvent durs, voient les gens se détourner d’eux.

Moins de main d’œuvre et une main d’œuvre plus chère signifient moins de vols et des couts supérieurs.

Mais ça n’est pas tout.

Des couts de carburant en hausse

Le carburant représente 35% des coûts pour une compagnie aérienne low cost et 18% pour une compagnie normale.

Comme vous avez vu le remarquer, le prix du pétrole a beaucoup augmenté ces dernières années.

Mais cette vue à 5 ans donne une perception biaisée. Si on regarde à 1 an, c’est beaucoup plus nuancé.

Oui le pétrole est cher mais pas plus qu’il y a un an, il est même a son plus bas. Qu’est ce qui explique alors que les prix ne baissent pas.

Déjà il y a la couverture pétrole des compagnies qui explique qu’il y a un décalage entre la baisse des prix du pétrole et celle du prix du billet.

Ensuite un autre facteur rentre en compte.

Le cours du dollar fait mal aux compagnies des autres pays

Le kérosène s’achète en dollars et un dollar fort crée un désavantage compétitif pour les compagnies situées hors zone dollar.

Même s’il y a une amélioration ces dernières semaines on voit bien que l’euro a perdu de sa valeur par rapport au dollar lors des 12 derniers mois et cela se sent au moment de payer la facture.

C’est encore plus saisissant si on regarde l’évolution de 5 dernières années.

A prix du pétrole égal les compagnies de la zone euro paient aujourd’hui leur carburant 18% de plus cher que lorsque l’euro était à son plus haut. Donc même si le pétrole baisse les taux de change effacent une partie de cette baisse.

Mais si le pétrole est sur une tendance baissière et que l’euro se refait une santé il y a donc des motifs d’espérer un retour à la normale ? Et bien non et pour une raison beaucoup plus durable que les variations du prix du pétrole.

Il n’y a plus assez d’appareils

Comme on le disait plus haut si la demande reste inférieure à 2022 il n’y a pas de raison que les prix flambent. On a vu que le prix du carburant expliquait, en tout cas en partie et provisoirement la hausse des prix des billets d’avion mais il y a un facteur qui fait que ces prix resteront durablement haut : le manque d’appareils.

Sans appareils en nombre suffisant et indépendamment de l’évolution des autres coûts les prix ne pourront que monter et les compagnies prioriseront leur affectation sur les routes les plus profitables, alimentant ainsi le phénomène de hausse des prix.

Lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé les compagnies ont du immobiliser la quasi-totalité de leurs flottes. Certaines en ont profité, en raison du contexte économique (personne n’imaginait une telle reprise) et environnemental (les vieux appareils consomment et polluent plus que les appareils de dernière génération) pour en sortir certains définitivement leur flotte.

Or la reprise est plus forte que prévu et non seulement il y a le temps nécessaire à la fabrication des avions mais, de plus, les fabricants qui ont pris du retard sur le planning de production pendant le COVID devaient déjà rattraper leur retard.

Donc : des appareils en moins et des appareils neufs qui mettront longtemps à être livrés = un manque de capacité durable.

Durable car il suffit de regarder l’état des lieux du backlog d’Airbus et Boeing, les deux principaux fabricants.

Source : Defense & Security National

7 344 appareils en commande pour Airbus, 5 996 pour Boeing soit un total de 12 640 appareils attendus par le marché.

Regardons maintenant la vitesse de production des deux fabricants.

A raison de 59 appareils livrés en novembre 2022 par Airbus et 39 par Boeing, sauf accroissement très important des capacités de production il faudra 140 mois soit plus de 10 ans pour que tout soit livré.

Si vous vous demandez si les prix des billets d’avion allaient prochainement baisser voici la réponse.

Les compagnies commencent donc à réactiver leurs anciens appareils : on voit par exemple que l’A380 n’a finalement pas été abandonné par autant de compagnies qu’escompté, que Lufthansa réactive la totalité de sa flotte d’A340-600 mais cela sera loin d’être suffisant, d’autant plus que ces appareils sont moins efficaces en termes de carburant que les appareils qui doivent les remplacer dans le futur.

En attendant elles vont logiquement devoir arbitrer et mettront leurs appareils sur les routes les plus rentables (comme on l’a vu avec American Airlines qui abandonne son Miami Tel Aviv pas parce que la route n’est pas rentable mais pour mettre ses appareils sur des routes qui le sont beaucoup plus). Ce qui leur permettra de générer plus de revenu sur les routes très rentables et fera monter le prix du billet (baisse de l’offre) sur les autres.

Conclusion

Deux facteurs contribuent à maintenir hauts les prix des billets d’avion, le prix du carburant et le taux change du dollar. Mais même si les deux devaient connaitre une baisse importante un troisième facteur, plus structurel, empêche d’envisager des baisses significatives à moyen terme.

Maintenant que le prix du pétrole a atteint des niveaux moins déraisonnables et que l’euro reprend un peu de force on peut s’attendre à une baisse prochaine du prix du kérosène dont ne sait combien de temps et durera et quelle sera son ampleur. Mais tant que les compagnies seront incapables de faire face à la demande faute d’appareils en assez grand nombre cela n’aura qu’un effet marginal sur les prix du billet.

Donc sans effondrement de la demande il n’y a aucune raison de voir les prix baisser prochainement.

Image : prix des billets d’avion de conejota via Shutterstock

Bertrand Duperrin
Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a cofondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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