Réserver votre vol maintenant et payer plus tard ? Oui mais pas à n’importe quel prix !

Le récent partenariat annoncé entre Amadeus et Uplift est l’occasion de parler de ce qui semble une inévitable et nécessaire révolution dans le transport aérien : la possibilité de réserver son vol et de le payer plus tard.

Amadeus et Uplift

Pour ceux qui ne sont pas au fait de la manière dont fonctionnent les compagnies aériennes, Amadeus est ce qu’on appelle un GDS (Global Distribution System) et pour faire simple, c’est une solution qu’utilisent les acteurs de l’industrie du voyage et donc les compagnies aériennes pour vendre leurs billets et des services annexes. Quand vous allez dans une agence de voyage l’agent va utiliser le GDS de la compagnie, quand vous achetez un billet en ligne le site est connecté au GDS etc. Le GDS sert en quelque sorte d’intermédiaire entre entre l’agence de voyage, le site web et le système de réservation de la compagnie aérienne.

Quand à Uplift c’est une entreprise qui propose un service de “Buy Now Pay Later” (BNPL) qui permet aux acteurs du voyage de proposer à leurs clients de réserver un billet et de le payer plus tard.

Le partenariat entre Uplift et Amadeus permet donc aux acteurs qui utilisent le module de paiement d’Amadeus d’offrir cette facilité à leurs clients.

Ce partenariat n’est valide aujourd’hui qu’en Amérique du Nord et nous verrons justement pourquoi plus tard.

L’enjeu du BNPL pour le monde de l’aérien

Selon certaines études il se dit que 70% des voyageurs dépenseraient davantage en voyages si on leur proposait de payer plus tard et c’est une chose finalement peu surprenante. C’est donc par définition quelque chose que les compagnies ont intérêt à proposer à leurs clients.

Par ailleurs vous avez certainement remarqué la manière dont les prix des billets ont augmenté en 2022 et rien n’indique que la tendance va s’inverser dans un avenir proche. Et là il y a un risque pour les compagnies de perdre des clients si elles n’arrivent pas à leur proposer des options de financement.

Et puis pourquoi l’achat à crédit qui est une option assez fréquente pour de nombreux biens ne devenait pas également une possibilité dans le monde du voyage ?

Autant de raisons qui expliquent qu’on voit les initiatives “BNPL” se multiplier. Enfin, principalement sur le marché Nord-Americain.

Comment fonctionne le BNPL ?

Pour comprendre comment fonctionne le système nous allons partir de l’exemple de Uplift. Uplift fonctionne comme une carte de crédit, enfin une “vraie” carte de crédit comme celles en vigueur aux USA, pas ce qui existe en France et porte injustement le nom de carte de crédit alors que ça ne sont que des cartes à paiement différé.

Donc le client achète son voyage et choisit Uplift comme son mode de paiement. Ensuite, comme avec une carte de crédit il choisit chaque mois de rembourser tout ou partie et paie bien sûr des intérêts sur le montant non remboursé. Uplift propose une fonction “Autopay” pour programmer des paiements mensuels et éviter ainsi de voir ses dettes augmenter en payant des intérêts démesurés.

Auparavant le client se sera créé un compte sur Uplift et aura fourni un certain nombre d’informations qui permettront de décider de son plafond de paiement et des taux d’intérêts appliqués.

En effet Uplift n’est qu’un intermédiaire entre le client et des organismes de crédit ! Et c’est pour cela que le service ne fonctionne aujourd’hui que dans quelques pays.

Aux USA avec le numéro de sécurité sociale d’une personne une entreprise a accès à son “Credit Score” calculé en fonction de vos antécédents de crédit, des délais de remboursement et d’autres facteurs. C’est en fonction de cela qu’Uplift vous proposera un taux d’intérêt personnalisé.

Il n’y a pas de tels systèmes dans tous les pays (par exemple la France) et de plus les lois contre le surendettement européennes sont souvent beaucoup plus restrictives sur l’octroi des crédits que ce qui existe aux USA et on ne s’en plaindra pas quand on voit à quelles situations désastreuses cela peut mener.

Et on peut d’ailleurs se demander si ce système est exportable dans tous les pays.

Quelles options européennes pour le BNPL ?

On peut penser que pour se développer dans nos contrées une approche différente est nécessaire. Et là on pense spontanément à Alma, une startup spécialisée dans le paiement fractionné qui connait un grand succès auprès des e-commerçants.

Hasard du calendrier, c’est d’ailleurs pendant que relisais le brouillon de cet article que j’ai appris qu’Alma avait été choisi pour la mise en place du paiement fractionné à la SNCF.

Alma propose du paiement mensualisé en 1 à 4 fois, de 5 à 12 fois (l’offre semble en cours de lancement) et du “Pay Later” à J+15 ou J+30.

Le coût du paiement nous semble plus en ligne avec les pratiques locales.

En effet les taux d’intérêt chez Uplift varient de 0 à 36% selon le profil de l’acheteur. Autant vous dire que les gens qui ont le plus besoin de ce type de service sont ceux qui ont le plus le chance de se retrouver avec un taux d’intérêt insupportable.

Alma propose plusieurs options au vendeur : offrir un “x fois sans frais” ou de partager les frais. En cas de partage des frais le taux d’intéret payé par le client ne semble jamais dépasser les 2,2% (taux pour un paiement en 4 fois, il est de 0,7% pour un paiement en deux fois).

On ne parle donc pas du tout de la même chose et l’approche d’une entreprise comme Alma nous semble beaucoup plus compatible “culturellement” avec des pays comme les nôtres où les gens ont moins l’habitude de vivre totalement à crédit et s’endetter à des taux astronomiques pour de la consommation. Et où d’ailleurs la chose est très réglementée afin de l’éviter.

Des alternatives au BNPL ?

On voit bien que le BNPL à la mode nord-américaine n’est de fait qu’un crédit à la consommation simplifié qui aura du mal d’un point de vue légal à s’installer dans nombre de pays européens. Ca n’est pas pour rien que les autorités regardent de près la future offre d’Apple et même Alma pour s’assurer que les solutions de paiement fractionnés ne deviennent pas un crédit déguisé.

Donc tant qu’on parle de paiement fractionné sachez qu’il existe déjà des options disponibles pour le voyageur européen.

Par exemple les compagnies qui proposent le paiement par Paypal peuvent proposer le 4 fois sans frais. Mais le montant est limité à 2000 euros.

Pour les clients français d’Air France il y a également la carte American Express Air France qui propose un paiement en 3 fois sans frais pour tous les paiements faits auprès d’Air France-KLM. Si les cartes de crédit co-brandées n’ont pas trop de succès ici faute de bénéfices consistants à proposer (mais aussi car leur coût pour le client ne permet pas de financer ces bénéfices), cette possibilité de paiement fractionné est une excellente raison de souscrire à cette carte !

BNPL et biais culturel

Il est indéniable que le fait de pouvoir étaler leurs paiements serait apprécié par les clients et serait un énorme facilitateur de business pour les compagnies aériennes mais, comme vous l’avez lu plus haut, il ne semble pas qu’une approche globale fonctionne sur tous les marchés.

Encore une fois les Nord Americains ont une culture de la carte de crédit et de l’endettement (voire surendettement) qui n’existe pas ici.

A la demande des clients de pouvoir payer plus tard on voit bien la diversité des réponses : les uns proposent un prêt avec des intérêts allant jusqu’à 36% et les autres du paiement fractionné avec de 0 à 2% d’intérêts. Et jamais les autorités ici ne laisseraient le consommateur à la merci d’un crédit à 36% accessible en un clic ! Dans un cas on peut ne jamais rembourser tant qu’on paie ses intérêts (et le jour où on ne peut pas l’huissier sonne à la porte) dans l’autre on limite à 4 fois et on explore avec prudence le 5 à 12 fois.

Et d’ailleurs si Uplift fonctionne plus ou moins comme une carte de crédit quel est son intérêt pour le client américain qui a déjà une dizaine de cartes de crédit dans son portefeuille ? Peut être pour ceux qui sont au bout de leurs capacités et donc sont de fait plus susceptibles de terminer avec un taux insupportable ? On peut le penser.

Donc si le BPNL correspond à une vraie demande nous ne pensons pas que la manière dont il existe aujourd’hui soit exportable dans tous les pays.

Nous pensons plutôt au développement du paiement fractionné dans un cadre limité (4 fois ?) avec un minimum de frais qui est beaucoup moins risqué et couteux pour le client mais qui, bien sûr, enrichit beaucoup moins les organismes de crédit.

Mais autant nous aimons voler autant il faut ouvrir les yeux : souscrire à un crédit à 20% pour un billet d’avion qu’on remboursera dans peut être un an est tout simplement une erreur et quelque chose que personne ne devrait jamais faire.

Conclusion

Le “Buy Now Pay Later” est une solution qui ne peut que se généraliser dans le transport aérien. Par contre la manière dont cela fonctionnera devra s’adapter aux règles et cultures locales et ça n’est pas le cas des solutions qui ont aujourd’hui le vent en poupe outre Atlantique.

Image : buy now pay later de panuwat phimpha via Shutterstock

Bertrand Duperrin
Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a cofondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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