Est-ce la fin du modèle AirBnb ?

A l’image de d’industrie du tourisme AirBnb est en train de traverser ce qui ressemble fort à un hiver termo-nucléaire. Mais si l’entreprise ne fait que traverser une crise qui touche tout le secteur, on peut se demander si son modèle ne la rend pas encore plus vulnérable que les autres. Ou en d’autres termes si le “home sharing” est soluble dans un monde post-COVID-19

Des signes pas si inquiétants pour Airbnb pendant le COVID-19

Selon AirDNA qui analyse ce marché :

  • on enregistre une baisse de 84% des nouvelles réservations
  • une augmentation de 80% des annulations
  • par rapport à 2019 les revenus de mars sont en baisse de 60% dans une ville comme New-York et AirBnb s’attend à une baisse de 54% sur 2020 au global.

Des chiffres font froid dans le dos mais si on compare, par exemple, à l’hôtellerie on ne peut pas dire que ce soit pire. La situation n’est brillante nulle part mais elle ne semble pas pire dans le “home sharing”.

Et il y a même des signes positifs.

Depuis janvier l’offre n’a baissé que de 3,5% ce qui est quelque part rassurant. Les loueurs ont toujours foi dans le modèle et c’est une première bonne nouvelle. Maintenant je serais curieux de voir des chiffres par marché car la situation doit être très contrastée selon la manière dont les pays ont géré (ou pas) leur confinement. Par définition le fait que les gens soient moins mobiles cet été voire restent chez eux devrait entrainer une baisse mécanique de l’offre chez ceux qui louent ainsi leur résidence principale pendant leur absence. Plus de la moitié (ou seulement ?) de l’offre Airbnb n’est pas de la location à plein temps ce qui signifie qu’une petite moitié relève de la location “professionnelle” qui ne sera pas affectée par la situation du propriétaire.

On note d’ailleurs une évolution de la demande. Si les séjours de 7 jours ou moins qui constituent l’essentiel de la demande sont en baisse de 80%, ceux de plus de 7 jours voient la demande tripler ! La raison ? Dans les pays qui n’appliquaient pas un confinement “strict” et où il restait possible de se déplacer les locations situées hors des grands centres urbains ont servi de lieu de confinement pour ceux qui voulaient se mettre à l’abris dans une raison moins densément peuplée.

Dans les deux dernières semaines les séjours de plus de 2 semaines ont ainsi augmenté de 50% !

Si le home sharing souffre il n’est pas démuni pour autant et son offre est tellement protéiforme qu’on peut même penser qu’elle est plus résiliente que celle des grands groupes hôteliers face à la crise. Et de manière générale, il y a une différence entre un loueur non professionnel qui perd un revenu complémentaire et s’en remettra et un hôtelier qui perd son gagne pain.

Mais est-ce que cela sera assez pour survivre ? En effet si le loueur est résilient, qu’en est-il d’Airbnb qui est un hôtelier qui ne dit pas son nom.

Perspectives noires pour Airbnb

Comme toutes ces entreprises de la soit disant “économie du partage”, AirBnb a levé beaucoup d’argent pour financier une hypercroissance sans montrer trop de preuves de rentabilité. En période de croissance quand la confiance est de mise les pertes de 574 millions de dollars enregistrées l’an dernier n’inquiètent pas. Quand l’économie et encore davantage le voyage sont à l’arrêt la sanction des marchés tombe : la valorisation d’Airbnb est passée de 70 à 30 milliards de dollars.

Pourquoi ? Car au delà de l’industrie du tourisme c’est le modèle même d’AirBnb qui est bancal dans le contexte actuel.

Les loueurs Airbnb ne sont pas des amateurs

Comme on le disait plus haut les loueurs qui utilisent AirBnb pour se faire un complément de revenu représentent un peu plus de 50% de l’offre, donc le reste est constitué de vrais professionnels ou de faux amateurs qui ont investi dans l’immobilier pour louer sur AirBnb, ce qui est plus rentable que le marché locatif “normal”. Avec une telle baisse de la demande ces derniers vont se retrouver incapables de rembourser leurs crédits et devront soit vendre soit repositionner leurs biens sur un autre marché.

La baisse de l’offre dont nous parlions plus haut semble donc vouée à s’accentuer avec des biens qui retourneraient sur le marché locatif normal, ce que beaucoup de municipalités voient d’un bon oeil d’ailleurs.

En attendant AirBnb qui a construit son succès sur la taille de son inventaire, notamment grâce aux loueurs “professionnels” va perdre en attractivité.

Le Home Sharing au crash test de la sécurité sanitaire

Mais il reste encore un dernier facteur dont on ne sait mesurer l’impact aujourd’hui. Si la location “rurale” a permis de se confiner ou se protéger au large des grands centres urbains, qu’en sera-t-il dans le futur. Sans préjuger de l’avenir on s’achemine vers des règles assez dures pour le secteur de l’hôtellerie avec obligation de distanciation sociale, de désinfection totale des chambres avec interdiction de les relouer avant 24h etc.

One ne peut pas imaginer que le Home Sharing ne soit pas soumis aux mêmes contraintes. Dès lors on peut se demander si les propriétaires auront les moyens techniques d’y faire face et les moyens financiers de les assumer. On pense aussi aux personnes qui ne louent pas un appartement mais juste une pièce chez elles.

Et puis même en dehors de cela, les clients auront ils confiance ?

De notre point de vue il n’y aura pas de réponse unique à ces questions et il y aura des tendances marché par marché.

La revanche des hôteliers sur AirBnb ?

Au final si le modèle peut et va certainement souffrir beaucoup de la crise actuelle on peut se demander si la clientèle qui ne va pas en hôtel et reste attachée au Home Sharing, ceux qui vont tirer les marrons du feu sont les professionnels d’un “faux home sharing” très professionnalisé, qui donnerait davantage de garanties sanitaires et qui aurait les moyens de les appliquer. Je parle là du “Home Sharing de niveau hôtelier” avec par exemple Onefinestay (Accor), Oasis Collection (Hyatt) ou encore Homes and villas (Marriott) qui est le réultat du pilote Tribute Portfolio Homes et de nombreux autres existants et à venir. Ca sera souvent plus cher…mais la santé a-t-elle un prix ?

Alors oui le modèle du Home Sharing semble fragile dans le contexte actuel. Mais l’est-il beaucoup plus que l’hôtellerie traditionnelle ? On en parlera prochainement.

Photo : AirBnb de Daniel Krason via Shutterstock

Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a confondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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