Le self connect : son intérêt et ses dangers

La pratique du self connect est de plus en plus populaire et permet aux passagers beaucoup de flexibilité dans leurs voyages en mélangeant des billets achetés à des compagnies différentes. Mais au moindre problème cela peut devenir un cauchemar.

Qui n’a jamais réservé un vol sur une compagnie puis le suivant sur une autre parce que c’est moins cher ou plus pratique ? C’est une pratique de plus en plus courante de la part de passagers qui peuvent comparer les vols en ligne facilement et sont de plus en plus autonomes dans la réservation de leurs itinéraires. Mais voyager avec des billets séparés n’est pas sans risque et nous allons vous expliquer les bonnes pratiques afin de ne pas ruiner vos vacances.

Qu’est ce que le self connect ?

Derrière un nom qui ne vous dit certainement rien se cache donc une chose très simple et à laquelle vous avez certainement eu recours car à peu près tout le monde a déjà fait du self connect sans le savoir.

Il s’agit tout simplement d’avoir une correspondance entre deux vols achetés sur des billets séparés. Par exemple au lieu d’acheter un Bordeaux-Paris-New York sur Air France vous achetez un Bordeaux-Paris d’un côté et un Paris-New York de l’autre.

D’où le nom : ça n’est pas une correspondance organisée par la compagnie mais par vos propres soins.

A priori cela semble simple, voire anecdotique, mais ça n’est pas sans intérêt.

Pourquoi faire du self connect ?

Le self connect est intéressant dans un certain nombre de circonstances et peut même être inévitable dans d’autres.

Parce que c’est moins cher

Peut être que vous avez trouvé des vols qui pris individuellement vous coutent moins cher que le vol avec correspondance que l’on vous propose.

Par exemple prendre un vol low cost pour rejoindre un gros hub d’où vous prendrez un long courrier sur une compagnie traditionnelle.

• Parce que c’est plus pratique

Peut être que le vol qu’on vous propose avec correspondance vous impose une longue attente en correspondance alors qu’une autre compagnie vous propose d’arriver plus tard et d’attendre moins avant de prendre votre vol suivant.

Parce qu’aucune compagnie ne propose l’ensemble de l’itinéraire

Parfois lorsqu’on organise ses vacances avec des itinéraires complexes il n’est pas possible de tout faire sur la même compagnie. Ou, situation encore plus fréquente, lorsqu’on utilise une compagnie pour le long courrier et qu’une fois sur place on doit utiliser d’autres compagnies pour les vols régionaux.

Par exemple je pars bientôt au Vietnam avec Turkish Airlines mais je volerai sur Vietnam Airlines pour les vols intérieurs. Lors de mon retour je ferai donc un Phu Quoc-Saigon sur la compagnie Vietnamienne avant de m’envoler sur Turkish Airlines pour rentrer en Europe. Je serai donc en situation de self connect puisque j’aurais une correspondance entre deux vols sur des billets et des réservations différentes.

• Pour profiter de market fares

C’est quelque chose que vous voyez beaucoup sur les flights reports de Travelguys.

Pour bénéficier de tarifs avantageux il faut parfois changer son aéroport de départ. En effet le prix du billet ne dépend pas de la distance parcourue mais d’autres facteurs tels que le remplissage (yield management) et de la politique commerciale d’une compagnie aérienne donnée par rapport à une destination donnée. Pour diverses raisons une compagnie peut avoir des pratiques commerciales très agressives au départ de certaines villes ou, au contraire, prendre des marges confortables au départ d’autres. C’est ce qu’on appelle les market fares (ou tarifs de marché…) car ils dépendent de la stratégie d’une compagnie sur un marché donné.

Par exemple pour aller en Australie en septembre dernier je ne trouvais aucun billet en business class au départ de Paris à moins de 8000 euros mais j’en trouvais à 3500 au départ de Stockholm (même compagnie). Quelques mois plus tard rebelotte pour aller en Malaisie avec un vol à 3200 euros sur Singapore Airlines alors que depuis Paris le même coutait 7500 euros. Des exemples comme cela on en a des dizaines.

Mais choisir une ville de départ différente de celle où l’on vit impose de prendre un autre billet pour rejoindre l’aéroport de départ…d’où le self connect.

Qu’on cherche à payer moins cher ou qu’on ne puisse pas faire autrement, peu importe, il y a pleins de raisons pour lesquelles on se retrouve en self connect.

Et si on voit bien ce qu’on y gagne, il faut également avoir conscience des risques.

Les risques du self connect

Lorsqu’on dit « billets séparés » cela a des implications qui nous semblent évidentes mais qui ne le sont pas pour tout le monde et les forums de voyageurs regorgent d’exemples de passagers qui n’avaient pas anticipé certains risques et ont vu leurs vacances se transformer en cauchemar.

Premièrement cela veut dire que vous ne pourrez pas enregistrer vos bagages de bout en bout.

Lorsque j’arriverai à Saigon sur Vietnam Airlines pour repartir vers Istanbul sur Turkish Airlines il me faudra donc récupérer mes valises et les réenregistrer. Il faut donc prévoir du temps pour ça.

Il arrive que certaines compagnies le fassent de manière exceptionnelle lorsqu’elles ont des accords mais ça n’est aucunement un dû. Par exemple en rentrant d’Australie à Stockholm j’avais ensuite un vol sur Swiss pour rentrer à Paris. Les gens de Thai à Sydney m’ont enregistré ma valise jusque Paris mais à Stockholm une agent de SAS m’a confirmé qu’ils n’auraient pas dû (en me faisant un clin d’oeil). Singapore Airlines a également fait de même alors que je volais de Bali à Singapour d’où je repartais sur Lufthansa.

Mais c’est quelque chose qu’à mon souvenir Air France refuse quasi systématiquement.

Vous n’aurez pas toujours un parcours de correspondance optimisé

Il se peut que les deux compagnies opèrent depuis des terminaux différents et qu’aucune correspondance n’étant théoriquement prévue…elle ne soit pas possible.

Selon les cas cela voudra dire récupérer et réenregistrer les bagages (on l’a vu), passer l’immigration, changer de terminal, repasser l’immigration et les contrôles dans l’autre sens. Pas pratique, soit, mais surtout très long, ce qui peut poser de vrais problèmes en cas de retard.

Un retard vous sera fatal

Dernier risque et pas le moindre : si vous ratez un vol en raison d’un retard c’est tout votre itinéraire qui tombe à l’eau.

Dans le cadre d’une correspondance normale, avec tous vos vols sur le même billet, si vous ratez une correspondance c’est à la compagnie de se débrouiller pour vous rebooker sur un autre vol afin que vous arriviez à destination le plus vite possible.

En cas de self connect ça n’est pas le cas et, j’insiste dessus, même si les deux vols sont opérés par la même compagnie. Dans ce second cas il se peut qu’elle se montre plus compréhensive mais ça n’est pas une obligation.

Donc si vous ratez un vol non seulement vous devrez vous débrouiller par vous même pour rejoindre votre destination mais, en plus, votre vol retour sera annulé car vous serez no show sur l’aller.

Deux exemples vécus (enfin pas par moi, heurement).

• Vol Air France de Bordeaux à Paris puis United jusque New-York.

Le Air France pour Paris prend du retard, la personne doit réenregistrer ses bagages etc et rate son vol pour New York. Vol raté, vol retour annulé, fin des vacances. Tout cela pour économiser 200 euros par rapport à un itinéraire complet vendu avec correspondance par Air France.

• Self connect à Bangkok pour aller en Nouvelle Zélande.

Lors de mon voyage en Australie, en me rendant en porte pour embarquer à Bangkok je vois un petit attroupement. Je m’approche par curiosité. C’était une touriste occidentale qui arrivait à Bangkok d’un autre pays d’Asie et prenait un vol pour la nouvelle Zélande en self connect. Vol retardé au départ suite au mauvais temps, vol raté à Bangkok, vol de retour annulé depuis la Nouvelle Zélande et vol retour pour chez elle prévu dans un mois. Et si j’ai bien compris son hébergement en Nouvelle Zélande était déjà payé et non remboursable.

Ca devait être des vacances de rêve….

Voilà ce sont des choses à savoir mais en s’y prenant avec un peu de sérieux on peut, non pas supprimer les risques, mais minimiser leur risque de survenance.

Les bonnes pratiques du self connect

Le risque zéro n’existe pas et lorsqu’on fait du self connect il faut être conscients des risques. Mais il y a quand même des précautions assez simples à prendre pour éviter de vous retrouver dans des problèmes largement évitables.

Consultez l’historique de vos vols

Un site comme Flightradar24 vous permet de consulter l’historique d’un vol et sa ponctualité. Si vous voyez qu’un de vos vols est fréquemment ou systématiquement en retard de plusieurs heures (ça m’est arrivé….), inutile de prévoir un self-connect avec une correspondance courte.

Prenez des billets flexibles

Plus facile à dire qu’à faire et ça coûte très cher. Mais on ne peut pas ne pas le mentionner. Lorsque je fais mon self connect à Stockholm non seulement j’ai une marge de sécurité plus que correcte mais mon billet pour Zurich puis Paris est en business, pas totalement mais partiellement flexible. Je peux donc le changer moyennant un supplément en cas de besoin. Pas la panacée mais c’est mieux que rien.

Voyagez sans bagage enregistré

Vous l’avez compris, le gros risque concerne la durée de la correspondance et le fait de rater un vol. Première cause de retard : les bagages. Donc dans la mesure du possible ne voyagez qu’avec des bagages cabine : entre l’attente pour les récupérer et celle pour les réenregistrer vous allez gagner au moins une heure, voire plus.
La différence parfois entre une correspondance ratée ou réussie.

Prenez des marges de sécurité

Surtout ne vous dites pas « avec une correspondance normale ça passe avec cette durée de correspondance » sous peine de vous exposer à certaines déconvenues.
Avec une correspondance « normale » vous n’avez pas à gérer vos valises, vous n’avez pas à sortir de la zone arrivée, retourner à la zone départ et passer tous les contrôles, si votre vol d’apport est en retard on vous attends dans une certaine mesure et ensuite on vous rebooke.

Par exemple à Francfort Lufthansa propose souvent des correspondances de moins d’une heure, et ce même si vous devez passer de zone Schengen à non Schengen. Ca passe. Mais en self connect c’est perdu d’avance, surtout si vous avez des valises en soute.

Avec du self connect rien de cela donc prévoyez large. Très large.

Alors bien sûr tout dépend du fait que vous ayez ou non des bagages à enregistrer, du fait que vous ayez des contrôles d’immigration à passer dans un sens, dans l’autre, voire les deux, de la complexité de l’aéroport, du fait que vous repartiez du même terminal ou non mais par principe je ne fais pas de self connect sans avoir 5h de marge ! C’est beaucoup quand tout va bien mais si ça tourne mal vous verrez que ça peut faire peu….

Marge maximum sur les longs courriers

Si vous devez faire des arbitrages mettez la marge de sécurité maximale sur les longs courriers.

Par exemple quand j’ai fait du self connect à Stockholm pour partir à Bangkok je suis arrivé la veille même si mon vol partait en début d’après midi. J’aurais pu partir le matin mais si le vol est annulé ou a du retard je perds tout.

Par contre au retour une marge de 5h me suffit. Si je rate mon vol pour Zurich c’est problématique mais pas catastrophique. Si je rate mon vol au départ de Stockholm mon voyage s’arrête là.

Plus généralement identifiez vos vols les plus critiques et prenez un maximum de marge de sécurité. Ce sont en général les vols long courrier, les vols aller plus que les retours. Lorsque vous avez un vol toutes les heures pour aller d’un point A à un point B un problème n’est pas aussi grave que si vous n’en avez qu’un ou deux par jour.

Lorsque, cas fréquent, vous prenez une compagnie pour rallier votre destination et une autre pour les vols intérieurs pour visiter ensuite, essayez de revenir la veille à votre point de départ plutôt que de vous organisez une correspondance à risque de quelques heures.

Pensez à vos documents

Si votre correspondance vous oblige à rentrer dans un pays où des formalités spéciales sont requises (alors que vous n’auriez pas eu à le faire sans bagages à récupérer et ré-enregistrer), ne serait-ce que pour quelques heures, soyez sûrs que vous remplissez les conditions d’entrée.

Faut il un visa ? Peut on l’obtenir à l’aéroport ?

Evident ? J’en connais qui ont eu une surprise lors d’un self connect à Pékin…

Conclusion

Le self connect est une pratique à la fois pratique et elle est même normale voire indispensable dans certains cas. Mais vu l’impact d’une correspondance ratée sur le reste de votre voyage prévoyez large en termes de marge de sécurité et essayez d’éviter toutes les contraintes qui vous font perdre du temps.

Image : Terminal d’aéroport de Shine Nucha via Shutterstock

Bertrand Duperrin
Bertrand Duperrinhttp://www.duperrin.com
Voyageur compulsif, présent dans la communauté #avgeek française depuis la fin des années 2000 et passionné de (longs) voyage depuis sa jeunesse, Bertrand Duperrin a cofondé Travel Guys avec Olivier Delestre en mars 2015. On peut le retrouver aussi aussi sur http://www.duperrin.com où il parle depuis plus de 10 ans de la transformation digitale des organisations, son métier quand il est au sol.
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