Emirates et Etihad ont récemment démenti être en discussion pour le rachat de la seconde par la première. Circulez, il n’y a rien à voir, pas de mariage Emirates Etihad en vue… Le genre de démenti qui, justement, remet un sujet chaud sur la table car il y a justement un sujet et ça n’est pas pour rien que cette rumeur revient systématiquement sur le devant de la scène.

Nous l’écrivions l’année dernière et n’avons pas changé notre position d’un iota sur le sujet : le secteur se consolide et certains acteurs ne pourront pas survivre seuls alors que d’autres auront besoin de relais de croissance externe.

Emirates va moins bien, Etihad va mal

Dans ce tableau, les deux compagnies du Golfe ne sont pas logées à la même enseigne. En attendant les chiffres 2018 d’Emirates on se souvient de chiffres 2017 en trompe l’œil. Elle s’était terminée sur un bénéfice de 1,1 milliards de dollars (+67% par rapport à l’exercice précédent), sachant que cet exercice faisait suite à une année 2016 catastrophique où il avait plongé de 82%.

Bref Emirates redresse la barre, continue à beaucoup investir mais il semble que l’âge d’or soit fini et que la compagnie de Dubai doive s’attendre à des résultats moins « hors norme dans le futur ». Sa 30e année de croissance consécutive ne doit pas cacher une réalité : Emirates a besoin d’un second souffle.

Autre son de cloche chez Etihad. Si la compagnie a réduit ses pertes en 2017 elle continue à perdre de l’argent et une stratégie d’alliances pour le moins malheureuse dans laquelle elle a laissé pas mal de plumes ne l’aide pas.

Too many cooks in the kitchen dans le Golfe

Ajoutons à cela un facteur local : il commence à y avoir un embouteillage d’ambitieux au pays des Gulf Sisters. Emirates et Etihad on en a parlé. Qatar veut aussi exister même si le contexte politique et son bannissement des Emirats lui a un peu coupé des ailes.

Mais à l’ombre des 3 majors d’autres grandissent et n’ont pas renié leurs ambitions. On pense notamment à Oman Air et Saudia Airlines qui modernisent leurs flotte (pour les deux), se dotent enfin d’un aéroport digne de ce nom (pour la première) et ne voient pas pourquoi elles ne bénéficieraient pas comme leurs grandes sœurs de la position centrale de leur hub entre l’Europe et l’Asie.

Sauf que cela commence à faire un peu trop de monde sur les mêmes routes avec la même proposition de valeur, visant les mêmes clients. A ce petit jeu il y a forcément un ou deux acteurs de trop un Etihad mal en point fait figure de cible parfaite pour un Emirates qui recherche des relais de croissance.

• Ce sont deux compagnies des Emirats, plus simple pour mener un rapprochement. L’opération est politiquement plus compliquée avec les autres et surtout avec le Qatar.

• L’option Qatar écartée, Etihad celle qui va le moins biens et est le plus à la recherche d’un partenaire pour soulager ses finances.

• Des flottes similaires dans leur composition.

• Des stratégies d’alliance identique : aucune n’a rejoint d’Alliance majeure (Qatar est chez One World, Saudia chez Skyteam) et elles se contentent d’alliances opportunistes. Bref un rapprochement ne créerait pas le besoin de détricoter / retricoter un enchevêtrement de partenariats rendus incompatibles.

La question n’est donc pas de savoir si cela va se passer, mais plutôt quand. Et quelles en seraient les conséquences pour la concurrence d’un mariage Emirates Etihad mais, surtout, pour les deux compagnies intéressées au premier chef.

Photo : Emirates De NextNewMedia via Shutterstock.