Comme nous l’écrivions déjà il y a quelques années sur TravelGuys, les concepts historiques du voyage sont en train de tomber. Outre la fin programmée et réelle des packages fourni par des tour-operators, y compris en visite dans des pays lointains avec des cultures auxquelles nous ne sommes pas habitués, il s’agit maintenant du des packaging des offres existantes. Il s’agit là d’une tendance de fond, low-cost, drivé par l’émergence des compagnies à bas coût, aussi bien aux États-Unis, en Europe, et plus récemment en Asie.

L’une des tendances de fond est ce que l’on appelle le self-connect.

Le self-connect, késaco ?

Le self-connect, c’est la possibilité d’effectuer une correspondance entre deux compagnies aériennes figurant sur deux billets séparés.

Mais qu’est-ce que cela a d’extraordinaire ?

Sachez que, lorsque vous achetez un billet d’avion, vous avez un contrat avec la ou les compagnie(s) qui effectue(nt) le vol. Si les vols sont effectués par des compagnies aériennes différentes, mais que le billet est le même, les deux compagnies aériennes sont liées par le même contrat. Donc, si le vol précédent est en retard et que vous manquez votre correspondance, vous serez réservés sur le vol suivant par la compagnie aérienne opérant le vol de continuation et vos frais seront pris en charge. Normal, puisque vous avez signé un contrat unique transportant d’un point A à un point B. De même, les bagages sont enregistrés de bout en bout. Cela s’appelle l’interline.

Mais l’émergence des compagnies low-cost, compagnies qui n’effectuent des voyages que de point à point, les passagers se sont mis eux-mêmes à réserver des itinéraires sur des billets électroniques différents. Cela implique donc de prendre des marges de sécurité importantes pour passer les différents contrôles à l’arrivée du premier vol, à récupérer ses bagages, à réenregistrer ses bagages sur la compagnie de continuation, etc. etc. C’est donc possible si vous prenez toutes les précautions nécessaires, et sans jamais de garantie de réussite. Si le vol précédent est très en retard, vous n’aurez que vos yeux pour pleurer et serez obligé de racheter pour votre continuation ou même annuler votre voyage totalement.

C’est donc cela le self-connect. De plus en plus de passagers y ont recours.

Aussi, certaines compagnies aériennes se sont mis à proposer des services qui permettent de faciliter ce self-connect. Pas vraiment de garantie des correspondances, mais au moins leur facilitation, en proposant par exemple l’enregistrement des bagages de bout en bout.

Ringardisation des compagnies historiques

C’était l’argument des compagnies traditionnelles : nous vous proposons une expérience sans couture de bout en bout, avec un enregistrement complet, vos bagages arrivant sur le tapis à l’arrivée. Cependant, la promesse des compagnies traditionnelles s’est étiolée au fil du temps. Même en voyageant sur la même compagnie, mais avec des billets séparés, pour des raisons tout à fait légitimes comme les combinaisons entre un itinéraire professionnel et un itinéraire personnel, beaucoup de compagnies aériennes refusent de vous enregistrer de bout en bout, avec une même carte d’embarquement, et avec des bagages arrivant sur le tapis de votre destination finale. Pour une seule raison : c’est un contrat, et un contrat est un contrat !

Seules les compagnies asiatiques continuent de pratiquer l’interline de bagages au départ de leurs escales. Et même sur des compagnies différentes.

Aussi, les passagers en ont marre de se faire prendre pour des pigeons : outre le peu d’assistance reçue en cas de correspondance manquée, la différence de prix entre les compagnies traditionnelles et les compagnies low-cost est tellement importante que parfois, racheter un billet en cas de correspondance manquée reste une option valable, au vu du peu de risques pris.

C’est également l’émergence des compagnies low-cost long-courrier qui fait apparaître ce nouveau besoin, le besoin d’avoir une correspondance depuis son vol d’apport dans l’aéroport qui propose le transit vers le vol long-courrier.

Des initiatives, mais à quand une généralisation ?

Pour le moment, les initiatives émanent de deux acteurs principaux : les compagnies aériennes d’une part, et les aéroports d’autre part.

En ce qui concerne les compagnies aériennes, c’est EasyJet qui était précurseur en proposant de l’interlignage de bagages et de billets avec Worldwide by EasyJet notamment avec Norwegian. Elle a étendu cette pratique avec diverses compagnies loisirs au travers de l’Europe, notamment Corsair et La Compagnie à Paris. Dans un autre registre, Ryanair a commencé à proposer des billets avec des itinéraires de bout en bout, notamment pour la clientèle affaires.

Les aéroports maintenant proposent également certaines initiatives, notamment l’aéroport de London Gatwick où Gatwick Connects permet de garantir les correspondances et de ré-enregistrer son bagage rapidement et ce, sur la plupart des compagnies desservant Gatwick.

Comment les compagnies traditionnelles peuvent-elles réagir ?

Il est incroyable que, lorsque des accords d’interline de bagages existe, les compagnies aériennes continuent de rechigner à enregistrer les bagages de bout en bout, même sur des billets séparés. Les solutions pour pallier ces nouvelles initiatives ? Proposer systématiquement l’enregistrement des bagages sur les correspondances en bout de ligne, lorsque le temps minimal de correspondance est respectée.

Certes, si le vol d’apport est en retard, le passager devra repayer un billet puisque ce sont deux contrats séparés, mais le service sera au moins fourni pour les bagages et pour les situations nominales qui répondent à 95 % des cas. C’est la seule manière pour les compagnies traditionnelles de continuer à attirer des passagers, et ce, quelles que soient les alliances. Les accords d’interline doivent prévaloir sur le seul aspect contractuel.

En tant que passager, à quoi dois-je être attentif ?

Nous ne le diront jamais assez : ne planifiez pas des correspondances en self-connect sans service d’accompagnement si vous voyagez en famille, ou avec des personnes fragiles, ou ne parlant pas anglais ! En cas de pépin, vous serez dans l’embarras, et devrez peut-être même payer des milliers d’euros pour vous sortir de ce pétrin. Ni utiliser ce système alors que vous ne pouvez annuler vos plans. Ces nouveaux services qui garantissent les correspondances sur des billets séparés sont donc totalement révolutionnaires… Voyons comment les compagnies traditionnelles vont, cette fois-ci s’adapter… Elles ont déjà tous les outils nécessaires !