Pendant longtemps les cabines d’avion ont été des produits relativement standardisés. Une première, une business, une éco. Puis on a assisté à un double mouvement : la suppression des premières sur les lignes où elle n’était pas rentable et l’avènement de la « premium éco »  qui n’est pas encore une classe à part entière techniquement parlant (elle apparaît comme une éco dans les systèmes de réservation) mais l’est en tant que produit d’un point de vue marketing.

Alors que les « classe avant » sont de plus en plus dévoreuses de place avec des configurations en 1-2-1 et des sièges-lit « full flat » il faut donc regagner de la place ailleurs dans la cabine. Et vous vous doutez bien que ce sera en classe économique.

Mais densifier l’économique n’est pas une chose aussi simple qu’il n’y parait. On peut bien sur rajouter des sièges au bénéfice de la recette mais au détriment de l’expérience. Or la clientèle éco n’est pas homogène. Entre celui qui voyage « budget » et se contente de peu pourvu qu’on l’amène à destination et celui qui pourrait « presque » passer en business, on y trouve un grand nombre de profils, de besoins, de demandes d’expérience différentes.

Dans ce sens les dernières annonces d’Airbus montrent ce que pourrait être non pas le futur de la classe éco mais les futurs de la classe éco.

11 sièges de rang dans un Airbus A380.

Commençons par le pire. Alors que beaucoup trouvent que les configurations cabines à 10 passagers de front sur un gros porteur  sont indignes et pensent qu’une expérience passager acceptable demande des rangées de 9, Airbus a présenté une cabine d’A380 de 11 sièges de rang. Je vous laisse apprécier et vous imaginer passer 12 heures là dedans.

A380-11-abreast

Ayons une pensée émue pour le locataire du célèbre « siège du milieu » qui devra désormais faire lever deux personnes pour aller se dégourdir les jambes et devrait éviter d’être claustrophobe.

Le gain ne se fait au détriment de la largeur du siège qui reste inchangée mais de celle de l’accoudoir. Moindre mal mais il ne faudra pas avoir les bras trop larges.

Je reste tout de même curieux de l’impact que cela va avoir sur la charge en soute et, encore plus, sur l’utilisation des coffres à bagages dans lesquels il est déjà bien difficile de trouver le moindre centimètre cube disponible sur un long courrier en éco.

3 classes économiques différentes dans un même appareil

Cette configuration est montrée en avant première sur un A380 mais il semble qu’Airbus compte la proposer dans le futur sur d’autres appareils et vu la largeur du fuselage il ne fait aucun doute que là, le siège risque de diminuer de largeur.

Mais ça c’est que la face la plus visible d’une refonte plus profonde de l’offre.

Airbus va désormais segmenter les cabines économie en 3 offres : premium, confort et budget. La premium gardant des sièges plus larges, la comfort restant semblable à l’économie actuelle et la budget accueillant donc des sièges à accoudoirs étroits  et des rangées de 11.

On voit bien les possibilités que cela offre en termes d’aménagement de cabine…et de pricing. Les spécialistes vont pouvoir s’en donner à cœur joie pour moduler options et offres tarifaires.

La clientèle « éco » est diverse, il faut des offres pour chacun

Alors bien sur on peut naturellement se plaindre du coté « bétaillère » et du résultat de la créativité tarifaire à prévoir et être nostalgique d’une époque lointaine ou quand on payait un siège éco on pouvait accéder à tous les sièges éco de la cabine. Désormais en fonction de la largeur du siège, du positionnement du siège, de la partie de cabine il y aura des options pour tout !

Mais il faut bien faire preuve de pragmatisme : il y a le siège standard et toute amélioration du confort et de l’expérience a un prix. Cela fonctionne dans tous les autres secteurs et il n’y a aucune raison que l’aérien reste en retrait.

La clientèle éco est je le disais, très variée, et le rôle des constructeurs est de permettre aux compagnies de proposer des produits qui correspondent aux attentes de chaque cible. D’un certain coté on pourrait presque louer ce soucis d’individualisation du produit qui permet à chacun de trouver le niveau de confort qu’il désire…pour peu qu’il soit prêt à le payer.

Inutile de blâmer les compagnies : certains clients veulent du confort, d’autres des prix. Il faut des offres pour chacun et chacun aura ce pour quoi il paie.

Reste à voir jusqu’où certaines compagnies seront prêtes à pousser le bouchon. Et pour cela pas besoin d’attendre la nouvelle cabine d’Airbus : Emirates n’a pas attendu pour proposer dernièrement une version à 615 sièges du 380 alors qu’elle opérait jusqu’à présent cet appareil en version 517 sièges (516 chez Air France, 526 chez Lufthansa, 517 chez Qatar, 469 chez British Airways, ou 407 chez Korean Air). Comme quoi le Golfe ne montre pas toujours l’exemple sur l’expérience passager.